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Colloque international

21 - 22 octobre 2016

Colloque international


Ali Benmakhlouf, professeur à l’Université Paris Est Créteil et membre senior de l’Institut universitaire de France

(Coordinateur du colloque)


Les défis environnementaux exigent, plus que jamais, une approche multidimensionnelle et transdisciplinaire. Au moment où l’humanité altère de manière accélérée le potentiel du changement de l’évolution biologique, la question suivante devient urgente : comment préserver les capacités de la nature à créer de la diversité ? Pour faire face à la crise écologique actuelle, les choix techniques, organisationnels, économiques et politiques doivent s’accompagner de l’élargissement de la base d’informations disponibles par des études d’impacts. Ces choix seront alors raisonnés en vue de renforcer les capacités de régénération de l’ensemble des organismes vivants.


L’homme modifie son entourage depuis toujours. Il n’est pas simplement un homme vivant dans un milieu, mais il est aussi créateur de son milieu. Le problème ne porte donc pas sur la question de la manipulation de la nature mais sur les modalités de cette manipulation. Il s’agit en somme d’éviter que « l’appauvrissement progressif des ressources naturelles » n’entraîne « un abaissement des conditions de vie de l’humanité » selon l’expression de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). La notion de 'patrimoine naturel' et celle de 'génie écologique' répondent aux objectifs de protection et de restauration de la nature. Il convient, dans ce colloque, de revenir sur ces notions.


Les attitudes face à la biodiversité doivent être clarifiées : faut-il viser le développement propre et harmonieux de chaque vivant ? Faut-il viser un usage raisonné par l’homme des ressources naturelles ? Un consensus s’est largement dégagé pour parler d’écosystèmes : une interaction homme/nature pour protéger moins la nature, en tant que telle, que les équilibres homme/nature. Comment maintenir dans la durée ces interactions ? Le sommet de Rio en 1992 avait promu la notion de développement durable. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le développement durable ne peut s’accompagner de la pérennisation d’une tragédie où une grande partie de l’humanité n’a pas suffisamment de nourriture ou d’eau potable. Quelles sont les pratiques culturelles liées aux équilibres ou aux déséquilibres environnementaux ?
Aujourd’hui la diversité biologique, c’est-à-dire la variété et la variabilité de tous les organismes vivants, est considérée en péril, en régression, et connaît une érosion contre laquelle il faut lutter.


L'érosion de la biodiversité est un phénomène massif qui concerne les coraux, les mammifères, les variétés végétales... Il faut parvenir à expliquer que l’humanité se situe à la fois dans et hors de la biodiversité. Elle est constitutive d’une biodiversité qu’elle regarde par ailleurs. On peut tout à fait inclure, dans cette double approche, des avancées récentes de la science qui mettent en évidence le fait que chaque individu est un microenvironnement en lui-même. Cela réactive la vieille idée du macrocosme et du microcosme, si prégnante dans la pensée antique et médiévale.
Qu’en est-il de l’usage excessif ou à mauvais escient de certains antibiotiques, aussi bien en santé humaine qu’en santé animale et végétale ? En créant des déséquilibres sur des microorganismes, on crée d’autres déséquilibres qui influent négativement non seulement sur la santé de chaque individu, mais aussi potentiellement sur celle des autres organismes vivants.


Les atteintes à la biodiversité (comme le déclin des insectes pollinisateurs, l’augmentation d’espèces envahissantes) peuvent altérer les conditions de vie des populations, en diminuant l’accès aux ressources alimentaires et en se conjuguant aux effets du changement climatique.
Comment établir une humilité cosmique loin de l’attitude arrogante des sociétés humaines, vis-à-vis de la nature, qui accompagne les pratiques de surexploitation ? La question de la démesure doit être évoquée, tout autant que celle de l’indifférence ou l’ignorance et le besoin de sécurité. Dans le monde contemporain, il n’y a pas de non voisins, et tout le monde convient qu’il faudrait parler de santé globale.


La remise en cause de l'arrogance a plusieurs dimensions éthiques : il ne s'agit plus de dominer ou d'exploiter la nature, mais de co-évoluer avec elle. Il s’agira donc de repenser notre rapport au monde vivant, en réapprenant le sens des limites, en s’interrogeant sur les modalités de notre 'pouvoir' sur l’environnement et en posant, en d’autres termes, la question de la temporalité, notamment dans la responsabilité qu’elle revêt vis-à-vis des générations futures.
Dans le domaine du droit, l’opposition majeure entre le légal et l’illégal est brouillée. Cette confusion est littéralement une forme de chaos : un comportement commercial peut être tout à fait légal d’un point de vue strictement juridique, mais peut être en même temps inacceptable du fait qu’il contribue au réchauffement climatique ou à la destruction des ressources naturelles.


Nous assistons aujourd’hui à la présence de conflits entre normes appartenant à différents systèmes juridiques spécialisés. Au plan juridique, la connexion s’opère mal entre le grand domaine des droits de l’homme d’un côté, et la nature, l’environnement, les ressources alimentaires, l’air, le climat, l’eau et la biodiversité, de l'autre. En effet, la nature n’a pas été au coeur du développement des droits de l’homme, mais a été abordée par le biais de la question de la propriété. Le droit sur la nature s’est essentiellement construit dans les pays démocratiques par rapport à celui de l’appropriation. Comment faire place dans ce modèle généralisé de l’appropriation à des biens communs comme l’air, l’eau, le climat, les ressources alimentaires et l’environnement ? Comment responsabiliser des bénéficiaires qui ne sont pas propriétaires ?