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Colloque Rationalités pratiques

23 et 24 avril 2018 Sous la direction de Ali Benmakhlouf et de Aziz Qmichchou

Colloque Rationalités pratiques

Argumentaire

Les acceptions qui ont été attribuées à la notion de rationalité pratique sont multiples. Deux grandes orientations semblent néanmoins condenser l’essentiel des diverses conceptions philosophiques de la notion de rationalité pratique. La première orientation engloberait les points de vue qui conduisent à attribuer un « sens affaibli », subsidiaire à cette notion, tandis que la seconde se rapporterait aux points de vue qui lui accordent un « sens fort » en insistant sur la spécificité de la raison pratique par rapport à une raison qui serait, elle, plutôt destinée à des fins purement théoriques. Pour les uns, la raison déploie une même méthode de raisonnement pour traiter et les problèmes théoriques et les problèmes pratiques ; pour d’autres, ces deux types de problèmes sont effectivement susceptibles d’un traitement rationnel, mais suivant des méthodes de raisonnement qui sont plutôt dissemblables.

Un autre élément de controverse s’ajoute aux divergences précédentes pour rendre encore plus problématique cette notion de rationalité pratique. Il s’agit des controverses qui ont animé, dans l’antiquité comme dans les temps modernes, les débats entres les rationalistes qui défendent la possibilité d’obtenir un savoir fondé en raison, et les sceptiques qui contestent cette possibilité de façon radicale et globale. Or, ce qui se trouvait remis en question dans les anciennes versions du scepticisme, c’était généralement l’idée même d’une raison fondatrice, et par conséquent la capacité entière de cette dernière à fournir des réponses-vérités pour les problèmes de la connaissance comme pour ceux de l’action. Le scepticisme contemporain se veut pluraliste et parle plus facilement des raisons (descriptives, explicatives) que de la raison comme faculté.

Aux éléments précédents, qui témoignent de l’aspect problématique de la notion de rationalité pratique, s’oppose le fait indéniable que celle-ci occupe aujourd’hui une place centrale non seulement en philosophie mais également dans les sciences humaines et sociales. Nous ne pouvons pas, en effet, ne pas constater actuellement l’intérêt général et croissant des philosophes pour les questions pratiques les plus diverses (juridiques, économiques, médicales, éthiques, etc.). Plus encore, cet intérêt s’accompagne parfois d’un renversement spectaculaire dans les perspectives et les approches : les questions pratiques ne constituent plus une simple matière supplémentaire pour l’application des principes théoriques établis préalablement selon un esprit philosophique pur et autosuffisant, mais elles sont plutôt considérées comme des défis sérieux qui exigent d’être pris comme point de départ par toute pensée philosophique digne de ce nom.

Conscient de la nécessité de dépasser les prétentions exorbitantes des fameux « grands récits » et de « l’impérialisme » des méthodes universelles, le philosophe qui essaie de penser le pratique ne cherche plus à simplement subsumer les questions pratiques sous des concepts théoriques qu’il aurait déjà construits indépendamment de ces questions. Il adopte plutôt une posture beaucoup plus modeste en entreprenant souvent son examen dans un cadre collectif qui lui impose d’entendre d’autres voix et de tenir compte d’autres dimensions, tout en se limitant à une région du réel. Les spécialistes des autres disciplines remettent d’ailleurs en cause le droit souverain et légitime de poser des principes généraux qu’ils se devraient d’observer dans l’élaboration de leurs savoirs spécifiques. Or, cette contestation de la compétence de la philosophie ne se limite plus aujourd’hui aux connaissances particulières que telle ou telle discipline estime relever de son domaine de compétence, mais concerne également le droit de la philosophie à définir l’idée même de raison. Ce qui se trouve ainsi rejeté, ce n’est pas seulement « l’impérialisme hégémonique » de la philosophie, mais aussi sa prétention de souveraineté dans la définition des canons de la rationalité qu’elle a toujours considérée comme relevant de sa compétence exclusive. Aujourd’hui, cette nouvelle forme de contestation ne vient pas uniquement de certaines "sciences dites "exactes" ou sciences "dures"" (comme la neurobiologie qui s’estime davantage capable que la philosophie à définir des concepts comme la réflexion, le raisonnement, etc.), mais également des sciences humaines et sociales. Pensons ici, à titre d’exemple, à la théorie de la décision rationnelle en économie, à la théorie générale de la rationalité en sociologie, aux théories du raisonnement juridique, aux théories de l’argumentation et de pensée critique dans les sciences du langage et les sciences de la communication, etc.

Quel que soit le thème choisi pour l’intervention, le contenu de celle-ci devrait porter principalement sur les concepts de raison et de raisonnement en rapport avec les questions pratiques. Il s’agit de montrer les différents types de rapports que la raison entretient ou qu’elle pourrait entretenir avec le domaine de l’action (individuelle ou collective).

Axes du colloque

  1. Raison et rationalité pratique dans les grandes conceptions philosophiques, dans les sciences humaines et sociales, et dans les sciences exactes ;
  2. Raison, normativité et valeurs ;
  3. Raison, éthique et politique ; 
  4. Théorie et pratique.

 

 

Programme du colloque

Lundi 23 avril 2018

Matin

Table ronde : Pragmatisme et conséquentialisme

9h-9h15 : Accueil

9h15-9h30 : Mot d’ouverture du directeur

9h30-9h55 : Patrick Savidan, Université de Paris Est Créteil

Pragmatisme et politique démocratique de la vérité

9h55-10h20 : Marouan Lahmidani, Université Moulay Ismaïl, Meknès

De la Pensée en Situation, Pratique et Théorie de l’Enquête chez Dewey

10h20-10h40 : Pause

11h40-11h05 : Azelarab Lahkim Bennani, Université Sidi Mohammed Ben Abdallah, Fès

Syllogismes, logique propositionnelle et logique juridique

11h05-11h30 : Vivien Chrystkowiack, Université de Paris Est Créteil

La rationalité pratique dans l’utilitarisme classique, de l’intention aux conséquences d’un acte

11h30-12h30 : Discussion

Après-midi

Table ronde : Raison théorique, raison pratique, enjeux politiques

15h-15h25 : Abdelhay Azerkane, Université Mohammed V, Rabat

Raison et légitimité

15h25-15h50 : Kevin Cirille, Université de Paris Est Créteil

La démocratie : révolution ou cadre indépassable ?

11h50-16h15 : Jean-Christophe Merle, Université de Vechta, Allemagne

Une approche rationnelle de la fondation des droits de l’homme.
Contre une dérivation monolithique, pour une argumentation complexe

16h15-16h35 : Pause

16h35-17h : Mohamed Lachkar, Université Moulay Ismaïl, Meknès

النظر والعمل في التقليد الفلسفي الإسلامي: الفارابي والغزالي نموذجا

17h-17h25 : Abdelmajid Baakrime, Université Moulay Ismaïl, Meknès

Raison théorique, raison pratique, quels rapports ?

17h25-18h30 : Discussion

Mardi 24 avril 2018

Matin

Table ronde : Champs pratiques

9h30-9h55 : Mohammed Benzagmout & Amadou Hassane Ali, CHU, Hassan II, Fès

Le cerveau social

9h55-10h20 : Ali Benmakhlouf, Université de Paris Est Créteil

Qu’est-ce qu’une éthique procédurale ?

10h20-10h45 : Ilham Tahiri, CDG, Casablanca

De la rationalité économique à l’action stratégique,
une entreprise plus démocratique ouverte sur de nouveaux possibles

10h45-11h05 : Pause

11h05-11h30 : Aziz Qmichchou, Université Moulay Ismaïl, Meknès

L’idée de raison pratique : considérations logiques et philosophiques

11h30-12h30 : Discussion et remarques conclusives

 

 

Abstracts des interventions

Patrick Savidan

Pragmatisme et politique démocratique de la vérité

Pour de nombreux critiques de la démocratie, ce régime présenterait une faiblesse structurelle tenant à l’opposition native de la raison et du nombre, de la vérité et de la foule, de la masse ou du peuple. Postulat : entre la démocratie et la connaissance, le savoir ou la sagesse, il faudrait choisir. Contester ce postulat implique de s’interroger, dans le champ de la théorie normative de la démocratie, sur l’importance morale qu’il convient de reconnaître au nombre. Comment penser les rapports du nombre à la vérité ? Nous nous appliquerons à défendre l’hypothèse que le pragmatisme de Dewey, avec sa conception de l’enquête et de l’assertibilité garantie, offre une piste sérieuse pour définir les contours, les ressorts et les finalités d’une politique démocratique de la vérité.

Marouan LAHMIDANI, Filière de Philosophie, Université Moulay Ismaïl, Meknès

De la Pensée en Situation

Pratique et Théorie de l’Enquête chez Dewey

Dans sa critique de la notion de ‘l’esprit’ chez Hegel, Dewey substitue le concept d’intelligence scientifique à celui de l’esprit absolu. Ce déplacement remet en question le sens courant et de la subjectivité et de l’objectivité. L’identification de l’Etre et de la Pensée cède la place à un lien organique entre l’intelligence et le monde. Selon Dewey, la genèse de la pensée est elle-même faite de sorte que le raisonnement s’inscrit d’emblée dans une situation d’enquête permanente.

La contribution majeure de Dewey à la philosophie de la pensée, exposée principalement dans son ouvrage How we Think, consiste à analyser les éléments en cours dans chaque acte de penser ; une tâche qui répond le mieux à sa théorie logique, où il thématise son appel à resituer les lois et les catégories logiques dans un contexte paradigmatique de l’enquête. La pensée n’est que l’intelligence en situation. Ce tournant logico-pratique avait influencé des tentatives plus récentes d’envisager des ‘Rationalités’ auxiliaires à l’agir.

Azelarabe Lahkim BENNANI, Département de Philosophie, Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, Fès

Syllogismes, logique propositionnelle et logique juridique

Les écoles de la jurisprudence (malékite et Chafiite) ont adopté le syllogisme aristotélicien pour le transformer en démonstration par l’analogie. Le but est de prouver que la législation divine est capable de couvrir juridiquement les cas inédits au sein de la société musulmane. Les jurisconsultes sont amenés à interpréter, ou à élargir la validité du droit divin aux cas non prévus initialement par les sources de la législation.

La logique du droit déplace le centre d’intérêt vers les acteurs comme les juges et les cas juridiques. La table des valeurs de vérité permet d’évaluer les responsabilités, l’acte prémédité, et les actes alternatifs ou cumulatifs d’après la conviction intime des acteurs et des juges, leur évaluation de l’acte total ou partiel. Pour le juge comme pour les acteurs il s’agit d’évaluer les conséquences pratiques des actes. La jurisprudence islamique avait pour but de défendre le pouvoir législatif du texte. Il s’agit désormais de déplacer l’intérêt vers les acteurs qui évaluent différemment leurs degrés de responsabilités.

Vivien Chrystkowiack

La rationalité pratique dans l’utilitarisme classique, de l’intention aux conséquences d’un acte

Selon la théorie utilitariste, seules les conséquences de l’action peuvent faire l’objet d’un jugement moral. C’est en ce sens qu’on dit de l’utilitarisme qu’il est un conséquentialisme, et c’est en vertu de cette caractéristique qu’on suppose généralement que l’intention n’occupe qu’une place marginale en son sein. Pourtant si l’on prête attention aux textes des principaux représentants de l’utilitarisme classique il apparait que le caractère rationnel d’un agent dépend aussi de son intention. Nous nous efforcerons donc, à travers une analyse de la rationalité pratique utilitariste, de délimiter la place de la notion d’intention dans l’utilitarisme classique.

Abdelhay AZERKANE, Département de Philosophie, Université Mohammed V, Rabat

Raison et légitimité

Si les philosophes accordent une certaine suprématie à leur discipline comparativement à d’autres domaines de la connaissance, c’est justement parce que cette discipline fait de la raison le fondement de la légitimité de l’acte humain dans les différents champs d’action. J’aimerais revenir sur ce lien établi entre raison et légitimité pour réfléchir, essentiellement, sur la prétention à assurer, à travers ce principe, une large réalisation des grandes valeurs éthiques, aussi bien dans le cadre d’une même communauté que dans celui de l’humanité en général. Autrement dit, je voudrais revenir sur la capacité d’une légitimation fondée sur la raison à atteindre ce but dont a toujours rêvé les philosophes, rendre l’universalité possible, voire même réelle.

Kevin Cirille, Université de Paris Est Créteil

La démocratie : révolution ou cadre indépassable ?

La démocratie est-elle un cadre de la pensée et l’action collective, ou bien la politique est-elle le fait de positions antagonistes qui se confrontent ? C’est bien la question dont nous esquisserons le développement, afin de penser de quelles façons nous pouvons envisager la démocratie. Pour ou contre la démocratie ; plus ou moins de démocratie – peut-être que ce sont là des alternatives trop simplistes et qui ne rendent pas compte de la richesse des diverses nuances de démocratie.

Jean-Christophe Merle, (professeur à l’Université de Vechta, professeur honoraire à l’Université de la Sarre à Saarbrücken)

Une approche rationnelle de la fondation des droits de l’homme. Contre une dérivation monolithique, pour une argumentation complexe

Le débat philosophique actuel sur les droits de l’homme se consacre avant tout à leur fondation, moins à l’analyse conceptuelle des droits de l’homme, et guère à la diversité du contenu des droits de l’homme, bien qu’il connaisse tout à fait l’existence de plusieurs générations de droits de l’homme ainsi que la diversité interne de chaque génération. On observe une approche monolithique et naïve de ce sujet, sur le modèle daté d’une raison pratique instituant un principe unique d’où les droits de l’homme sont dérivés. En conséquence, on tente de justifier ou de fonder les droits de l’homme de différentes manières (de manière transcendantale à partir des conditions de l’agent, à partir des besoins fondamentaux, à partir de la liberté, à partir de la promotion de la paix, à partir de la démocratie, à la manière de l’éthique du discours, à partir de la responsabilité institutionnelle et globale etc.).  Or, par ailleurs, chacune de ces fondations se concentre sur les objections contre les autres fondations et leurs faiblesses respectives, et se servent volontiers des cas difficiles pour les autres théories. Ce faisant, ces tentatives de fondation sapent mutuellement leur fondement. C’est précisément pour protéger les droits de l’homme contre les objectives relativistes radicales qu’une approche rationnelle et complexe est nécessaire, qui intègre aussi la pratique des droits de l’homme et nos intuitions morales sur les droits de l’homme. L’hypothèse rationnelle de départ est que tous les droits de l’homme ne partagent qu’un petit groupe de propriétés constitutives (priorité par rapport aux autres droits ainsi que par rapport aux exigences de justice, universalité, relative abstraction, appartenance aux droits moraux, etc.), mais que, pour le reste, ils ne protègent pas tous les mêmes biens juridiques ni ne partagent tous la même fondation. Il convient donc d’examiner dans quels groupes de biens juridiques s’ordonnent les différents droits de l’homme, et de quelle(s) manière(s) ces groupes peuvent être justifiés. Ce faisant, toutes – ou du moins la plupart des – fondations habituelles des droits de l’homme se trouvent incluses dans une certaine mesure, tout en rejetant leur prétention à une validité exclusive. Ceci permet par ailleurs d’expliquer pourquoi les droits de l’homme – contrairement à ce qu’on présume souvent et contrairement à ce que doit supposer une raison pratique monolithique – n’ont pas de validité absolue, mais qu’au contraire, ils sont soumis à des règles de priorité. La validité des résultats obtenus à partir de cette hypothèse doit se mesurer à la manière dont ils permettent de reconstruire rationnellement notre compréhension des différents droits de l’homme et éventuellement de la rendre plus cohérente.

Mohamed LACHKAR, Filière de Philosophie, Université Moulay Ismaïl, Meknès

النظر والعمل في التقليد الفلسفي الإسلامي: الفارابي والغزالي نموذجا

بداية ننبه على أن إشكالية النظر والعمل تخترق تاريخ الفلسفة منذ اللحظة اليونانية إلى اللحظة المعاصرة، والفلاسفة المسلمون، بتفاعلهم مع هذه الإشكالية إنما ينخرطون في هذه السيرورة. من زاوية النظر هاته نروم في هذه المداخلة الوقوف عند إسهام كل من المعلم الثاني وحجة الإسلام في إغناء النقاش حول مسألة إحصاء العلوم مع التدقيق في لوينات تفريعاتهم للعلوم وأقسامها بغية الكشف عما يمكن أن يشكل معيارا للتمييز بين النظري منها والعملي.

Abdelmajid BAAKRIME, Département de Philosophie, ENS, Meknès

Raison théorique, raison pratique, quels rapports ?

Si on considère, isolément, l’histoire de la pensée philosophique et celle des sciences, force est de constater un déficit de rationalité et dans l’une et dans l’autre. Pour autant, ensemble, elles ne laissent pas de faire ressortir de frappantes similitudes, qui trahissent, non seulement des rapports de rationalisation, voire de légitimation, au demeurant, thèmes classiques de la philosophie des sciences, mais aussi et surtout, une éventuelle identité au niveau de la structure de pensée qui les sous-tend et régit.

Aussi, loin des cloisonnements et des rapports tout externes, épistémologiquement obsolètes, entre les deux histoires, et guidé par la recherche de principes unificateurs, et donc par le postulat que la raison humaine, théorique soit-elle ou pratique, fonctionne de la même manière, et selon les mêmes procédés logiques, essaierai-je de mettre en exergue, comment le rapport de la raison théorique et de la raison pratique est, en définitive, un rapport de principe à conséquence.

Mohammed BENZAGMOUT MD., Hassane Ali AMADOU MD., Service de Neurochirurgie CHU Hassan II Fès

Le cerveau social

La quête d’une compréhension objective du comportement humain à travers nos passions, nos émotions et notre capacité à avoir un raisonnement rationnel est indissociable de l’émergence des neurosciences.

A travers son ouvrage publié en 1649, « Les passions de l’âme », René Descartes, a le mérite d’être considéré comme un véritable précurseur des sciences cognitives. Bien qu’indiquant de façon erronée la glande pinéale comme le siège de l’âme, de la pensée et du raisonnement, il eut le mérite d’être à contre-courant de certains philosophes et savants de son époque qui accordèrent une faculté de raisonnement rationnelle au cœur. Ainsi, Blaise Pascal ne disait-il pas : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » pour évoquer l'irrationalité de la foi religieuse, face à la raison ?

Cependant, c’est le célèbre cas « Phineas Gage » observé par le docteur Harlow en 1848 qui mit réellement en évidence l’interface entre une composante organique d’une part et notre capacité à raisonner d’autre part. Ces 30 dernières années ont été témoins des brillants travaux d’Hana et Antonio Damasio - permis en partie par l’essor des techniques neuroradiologiques- et ouvrirent la voie à une compréhension mieux raffinée des circuits cérébraux mis en jeux dans nos capacités de raisonnement rationnel en rapport avec la gestion de nos émotions.

Toutefois, il sera illusoire d’individualiser un circuit anatomique propre à la raison tant il existe des différences considérables entre chaque individu et d’ailleurs même au niveau d’un même individu selon un moment donné. Ces différences semblent être influencées par une panoplie de facteurs allant de notre circuit neurosensoriel à l’état de notre mémoire en passant par l’intégrité de notre cortex frontal.

Dans ce travail, nous évoquerons les bases neuroanatomiques et physiologiques jouant un rôle important dans notre faculté de jugement et de raisonnement.

Ali Benmakhlouf, Université de Paris Est Créteil

Qu’est-ce qu’une éthique procédurale ?

Face à la complexité et aux dilemmes des situations, nous avons besoin de signes et de raisonnement, mais non d’exhortations et de conseil. Les avis des comités et les recommandations ressemblent plus à des manières de deviser qu’à des incantations moralisatrices. Ni simple déontologie du devoir, ni conséquentialisme, mais un mixte des deux, l’éthique procédurale s’exerce le plus souvent dans le raisonnement tacite des médecins. Faut-il la rendre plus explicite ? Et si oui, comment ?

Ilham Tahiri, CDG, Casablanca

De la rationalité économique à l’action stratégique, une entreprise plus démocratique ouverte sur de nouveaux possibles

Dans son sens premier, l’entreprise naît d’une liberté d’agir économique, en vue de produire des biens ou des services et de générer du profit.

Historiquement axée sur une division scientifique du travail dans le but de maximiser le profit, l’entreprise a forgé un référentiel financier abstrait privilégiant la rationalité économique des acteurs, opposant les intérêts du propriétaire à ceux de l’agent, la rationalité de l’homo oeconomicus à l’irrationalité de ses comportements. Les structures hiérarchisées ont renforcé le contrôle tandis que la stratégie simpliste favorisait le propriétaire.

Du référentiel financier au référentiel durable, de la rationalité économique à la rationalité limitée, de la rationalité de l’organisation à l’organisation apprenante, de l’omniscience du décideur à la construction collective des connaissances, les structures hiérarchisées ont fait place aux structures réticulaires. L’entreprise plus politique a endossé une responsabilité sociale et sociétale, libérant l’initiative et réhabilitant les rationalités multiples des travailleurs. Le paradigme stratégique se substituant à la planification figée, a brouillé la causalité entre décision et action, favorisant l’expérimentation et l’apprentissage. Moins rationnelle, moins intentionnelle et moins linéaire, l’action induit une incertitude qui permet l’émergence du neuf. La rationalité pratique s’impose comme une dimension entière de la raison dans son pouvoir de prescrire des normes. La « gouvernance » prend le pas sur la décision pour donner cohérence à des rationalités multiples et enchevêtrées.

Bien que l’entreprise reste aujourd’hui prioritairement au service de ses actionnaires, elle constitue néanmoins un lieu où s’exercent les ajustements mutuels, préparant le travailleur à l’autonomie, forgeant à travers l’expérimentation et la pluralité des rationalités de nouveaux possibles et de nouvelles formes de vie.

Aziz QMICHCHOU, Filière de Philosophie, Université Moulay Ismaïl, Meknès

L’idée de raison pratique : considérations logiques et philosophiques

Notre but dans cette intervention est de dégager deux aspects fondamentaux de la notion de raison pratique, savoir son aspect logique et son aspect philosophique.

Relativement au premier aspect, il s’agira de mettre en exergue les rapports dialectiques entre l’idée de raison pratique et les conceptions logiques du raisonnement. Relativement au second aspect, nous nous attacherons à montrer comment l’élaboration logique et philosophie de la notion de raison pratique peut constituer une voie prometteuse non seulement pour le renouveau du projet rationaliste, mais également pour la promotion des valeurs humanistes et démocratiques.