1-2 octobre 1998
Nous nous saisissons de cette question pour interroger la relativité de nos schèmes conceptuels (A. Soulez) ainsi que les alternatives possibles (A. Benabdelali, J.P. Cometti) aux variétés de l’universalisme et du relativisme, qu’il faut peut-être rapporter tous deux à des limites (M. Ouelbani, M. Safadi).
Par ailleurs, peut-on parler d’une relativité des principes de connaissance tels que le principe d’identité et le principe de contradiction (M. David Ménard) ? Peut-on également établir une relativité des procédés de connaissance, comme le procédé analogique (A. Benmakhlouf) ?
D’autres questions prenant pour base la connaissance scientifique ou la connaissance de soi-même, posent le problème des faces multiples de l’ontologie (H. Sinaceur) ou celui de l’ouverture subjective à la vérité (J.P. Marcos, M. Laarisa).
Jeudi 1er octobre 1998
Relatif, relation, relativisme
Ali Benmakhlouf (Université Paris X)
La relation se dit en plusieurs sens
Monique David-Ménard (Janson de Sailly, Paris VII)
L’indétermination de l’ontologie
Hourya Sinaceur (CNRS)
Débat
Fin de la séance
Référence et relativisme
Relativité de nos schèmes conceptuels
Antonia Soulez (Université Paris VIII)
Relativisme et rationalité scientifique
Malika Ouelbani (Université Tunis I)
L’incommensurable incommensurabilité
Jean-Pierre Cometti (Université Aix-en-Provence)
Débat
Fin de la séance
Vendredi 2 octobre 1998
Abdessalam Benabdelali (Université Mohamed V, Rabat)
De la relativité de la connaissance de soi-même (St. Augustin, Pascal)
Jean-Pierre Marcos (Université Paris VIII)
Débat
Fin de la séance
Le sujet et l’invention de soi : obstacles et perspectives
Mustapha Laarissa (Université Qadi Ayyad - Marrakech)
La pensée contemporaine dans tous ses états
Moutah Safadi (Centre du Développement National - Beyrouth)
Débat
Michel Fichant (Université Paris IV)
Jeudi 1er octobre 1998
Ali BENMAKHLOUF
Objet de la conférence :
« Parmi les philosophes, Averroès est connu comme commentateur d’Aristote. Dans ses commentaires, il effectue de grandes synthèses en tenant compte de différentes œuvres du stagirite. C’est ainsi que les analyses du passage de la Métaphysique (M,2, 1003 à 33 sq) et du passage des Catégories (1, ) 13-15) lui on permis de développer une thèse inédite à la frontière de la logique et de la métaphysique et qu’on peut appeler la thèse des « flexions de l’être », thèse fondée sur un procédé analogique.
Sur la base de cette thèse, on aura à se demander si le caractère substantiel de l’être est un invariant ; si c’est le cas, la question que l’on peut poser est celle-ci : dispose-t-on des conditions nécessaires pour mettre en place une pensée relativiste à partir d’un procédé analogique et la reconnaissance d’un invariant ? »
Le Conférencier
Ali Benmakhlouf, agrégé et docteur de philosophie, est actuellement maître de conférences à l’Université de Paris X - Nanterre où il enseigne la logique et les lectures médiévales arabes d’Aristote. Il a publié deux ouvrages aux Presses Universitaires de France et a dirigé la publication de deux autres aux éditions le Fennec.
· Bertrand Russell, l’atomisme logique. - Paris, PUF, 1996,
· Goottlob Frege, Logicien philosophe. - Paris, PUF, 1997,
· La raison et la question des limites. - Casablanca, Le Fennec, 1997 (Dir.),
· Routes et déroutes de l’universel. - Casablanca, Le Fennec, 1998 (Dir).
Jeudi 1er octobre 1998
Indétermination de l’ontologie
Objet de la conférence :
« Le philosophe ne peut se désintéresser des sciences sous peine d’être étranger à cette avancée conquérante, fort complexe et parfois spectaculaire dans ses incidences sur leur vie quotidienne, de l’activité des hommes. Même quand il n’était pas lui-même un savant, aucun des philosophes majeurs n’a tenu pour négligeable une réflexion sur les sciences de son temps.
On ne sous-estime pas la difficulté qu’il y a aujourd’hui à maîtriser suffisamment l’apport des sciences pour l’intégrer, non pas à une philosophie des sciences, mais à une philosophie tout court. On se demandera cependant, si et dans quelle mesure une réflexion sur les sciences contemporaines réussit à construire un point de vue défendable sur les problèmes philosophiques.
On considérera en particulier le concept d’interprétation, que les sciences partagent avec la philosophie, sans en faire le même usage. On tâchera de cerner les différences. Nous montrerons que la fonction centrale jouée par ce concept en logique conduit à ce que nous appellerons ( en pensant à Quine) l’indétermination de l’ontologie.
Il est fréquent, et peut-être même inévitable, que le philosophe, par sa réflexion sur les sciences, vise d’abord et principalement les modalités du connaître et n’aborde pas la question de l’être, négligeant celle-ci ou suspendant à son propos, de façon provisoire ou indéfinie, son jugement. Si la théorie de la connaissance semble ainsi détrôner l’ontologie, il ne s’ensuit pas - sauf d’un point de vue strictement positiviste - qu’elle doive purement et simplement tenir de toute philosophie. Autrement dit, la question ontologique persiste à se poser en dépit de la prudence épistémologique dictée par la fréquentation d’une discipline positive (scientifique). Mais que la question se pose n’implique pas qu’elle ait une réponse positive ni que la réponse, s’il y en a une, soit univoquement déterminée.
Nous développerons l’idée que, si l’ontologie contemporaine a généralement tourné le dos à la science à cause du trop de technique, la science et l’épistémologie ne signent pas la défaite de l’ontologie, mais nous suggèrent son indétermination, c’est-à-dire la multiplicité radicale de ses configurations possibles. »
La Conférencière
Hourya Sinaceur, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégée et Docteur d’Etat, est spécialiste de philosophie des sciences mathématiques et logiques. Outre de nombreux articles, elle a publié Corps et Modèles, Essais sur l’histoire de l’algèbre réelle, Paris, Vrin, 1991 ; Le Labyrinthe du continu (co-édition avec J.-M. Salanskis), Springer-Verlag France, 1992 ; Les paradoxes de l’infini, édition critique et traduction, avec notes et introduction, de l’ouvrage posthume de Bernard Bolzano, Paris, Le Seuil, 1993 ; Jean Cavaillès. Philosophie mathématique, Paris, Presses Universitaires de France, 1994 ; Traduction française de Jacob Alkindi, « De causis diversitatum aspectus » et « dandis demonstrationibus geometricis super eas » (en collaboration avec Jean Jolivet et Henri Hugonard-Roche), in Oeuvres philosophiques et scientifiques d’Al-Kindi, Volume 1 : L’optique et la catoptrique (édité par Roshdi Rashed), E. J. Brill, 1997, p. 437-523.
Jeudi 1er octobre 1998
Relativité de nos schèmes conceptuels
Objet de la conférence :
« D’après Ernest Gellner, Wittgenstein aurait inspiré la thèse du relativisme culturel. Le relativisme de Thomas Kuhn en dériverait également. Wittgenstein aurait-il cédé au « mythe du cadre de référence » qui selon K. Popper mène droit au « relativisme » ? Nous examinerons cette hypothèse en la confrontant à une remarque des Recherches philosophiques (§206). Nous défendrons à partir de notre lecture de cette remarque une conception appuyée sur le sens qu’il convient de donner au caractère interne de l’accord entre « nous », c’est-à-dire aussi sur le sens de ce « nous », en particulier dans la philosophie dite seconde de Wittgenstein. Nous montrerons qu’il est possible d’allier certitude et relativité d’un « cadre » en tant que système de référence pour un « nous » dont s’agira également de cerner les contours. »
Antonia Soulez, est agrégée et docteur en philosophie, elle est actuellement professeur à l’Université de Paris VIII. Elle a publié de nombreux ouvrages dont notamment :
· Les fondements philosophiques de la physique (Carnap), co-rad. avec J.M. Luccioni. - A. Colin, 1973,
· Le manifeste du cercle de Vienne, PUF, 1985 (dir. du Coll.),
· Le cercle de Vienne, doctrines et controverses, Klinsieck, 1986, coll. co-près. Avec J. Sebestik,
· « Valéry et la logique du langage », en coll. avec N. Ceylerette-Pietri, revue sud, Marseille, 1986,
· Wittgenstein et la philosophie aujourd’hui, Klinsieck, 1991 (éd.), à l’occasion du centenaire de la naissance du philosophe (coll. tenu en 1989),
· La grammaire philosophique chez Platon, PUF, 1991,
· Dictées de Wittgenstein à Waissmann pour Schlick, deux volumes, (Dir.), (Traduction et Etudes critiques) PUF, 1997.
Jeudi 1er octobre 1998
Relativisme et rationalité scientifique
Objet de la conférence :
« Il est certain que les épistémologies du XXe siècle ont modifié à la conception classique de la vérité comme étant absolue et linéaire. En effet, le caractère relatif est faillible de la connaissance scientifique, aussi bien, dans les sciences dites formelles, que dans les sciences dites de la nature est aujourd’hui indubitable. Ce qui signifie que les critères permettant de garantir, de démontrer ou de justifier une croyance ont connu également une évolution, que l’histoire des sciences est à même d’expliquer, sans toutefois renoncer ou sacrifier l’objectivité.
Pourtant, le transfert de ce que l’on peut prudemment appeler la relativité scientifique au domaine de l’éthique, ou plus exactement, l’extrapolation des concepts utilisés dans le domaine scientifique a abouti à ce que Popper a appelé « la principale maladie de notre temps », à savoir, le relativisme.
En effet, des philosophes, des intellectuels et même des politiques défendent la diversité culturelle et l’arbitraire contre une « uniformité », qui, au nom de l’objectivité et de la Raison, serait « ennuyeuse » et « appauvrissante ».
Dans ce contexte, nous essayerons de clarifier certains points qui nous paraissent essentiels et de montrer que :
1. le relativisme en science ne signifie par l’arbitraire et ne peut en aucun cas conduire au scepticisme, l’objectivité étant toujours et nécessairement de rigueur ;
2. l’analogie entre le vrai et le faux, d’une part, et le bien et le mal, de l’autre, ne va pas de soi ;
3. le relativisme peut, certes, être signe de tolérance, mais aussi souvent de dérive et même de danger, lorsque sous prétexte de droit à le diversité et à la différence tout devient possible. C’est en ce sens que la question de savoir jusqu’où peut aller la tolérance et la relativisation de nos jugements et de nos comportements est une question primordiale. »
Malika Ouelbani est professeur à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis.
Mai 1978 : Thèse de troisième cycle (D.R.A.) à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Tunis sur Logique et mathématique chez Frege.
Mai 1988 : Doctorat es-Lettres (Philosophie) à la Sorbonne (Paris IV) sur Le projet constructionniste de Carnap.
Bibliographie
Articles
· « La première intervention de Carnap au congrès international de philosophie scientifique », in Les Cahiers du Tunsie, n° 113-114, 1980,
· « Langage et réel dans le Tractatus », in Les Cahiers du Tunsie, n° 141-142, 1987,
· « La proposition, son sens ou sa valeur de vérité », in Les Cahiers du Tunsie, n° 146-148, 1980,
· « Néopositivisme et anti-philosophie », in Défi à la philosophie, CERE.ýS., 1989,
· « Wittgenstein, et la philosophie contemporaine », in Centenaire de Wittgenstein, Cérès production, 1991,
· « La question de la métaphysique entre Kant et Wittgenstein », in La Philosophie critique de Kant, Cérès production, 1994,
· « Sur le caractère empiriste de l’aufbau ? », in Les Cahiers du Tunsie, n° 161, 1991,
· « Sur quelques problèmes de logique de la science de la logique », in Logique et politique chez Hegel, Institut Supérieur de l’Education et de la Formation continue, 1997,
· « Le sujet dans la philosophie analytique », in Cahiers de philosophie politique et juridique de l’université de Caen, n° 28,
· « Actes du colloque Descartes et le Rationalisme », Alif, 1997,
· « La question du Langage entre Neurath et Carnap », in Neurath et la philosophie autrichienne, Cérès production.
· Le projet constructionniste de Carnap : ses critiques et ses limites, pub. F.S.H.S., Tunis, 1992,
· Le dicible et le connaissable : Kant et Wittgenstein, Cérès production, 1995,
· La théorie de la connaissance de B. Russel, Cérès production.
Jean-Pierre COMETTI
L’incommensurable incommensurabilité
Objet de la conférence :
« Le pluralisme est le relativisme culturels se sont notablement illustrés dans des thèses d’incommensurabilité qui font appel aux mêmes présupposés que l’universalisme dont ils entendent cependant dénoncer les illusions et parfois les méfaits. Ces défauts ne sont toutefois pas ce qui les discrédite le plus. Non seulement l’incommensurabilité ne se mesure pas, pour des raisons que l’on s’efforcera d’établir, mais l’improbable point de vue qu’elle suppose est de nature à dissimuler les vertus d’un ethnocentrisme conséquent, attentif aux ressources de traduction et de communication qui appartiennent à toute culture et qui logent en elle, dans la pluralité et l’hétérogénéité de ses jeux de langage et de ses formes de vie, une altérité constitutive.
En s’attachant à en décrire les principaux aspects, le présent exposé s’efforcera d’élaborer une alternative pragmatiste aux impasses politiques et anthropologiques des variétés philosophiques de l’universalisme et du relativisme. »
Jean-Pierre Cometti est maître de conférences à l’Université de Provence où il enseigne l’esthétique. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels : La Maison de Wittgenstein (PUF, 1998), L’homme exact, essai sur Robert Musil (Le Seuil, 1997), le philosophe et la poule de Kircher (L’Eclat, 1997), Philosopher avec Wittgenstein (PUF, 1996). Il est également le traducteur de différents auteurs, dont Ludwig Wittgenstein, Bertrand Russel, Nelson Goodman, Richard Rorty. Il prépare actuellement une nouvelle édition de L’homme sans qualités, de Robert Musil, ainsi qu’une étude sur la philosophie de la psychologie de Wittgenstein.
Vendredi 2 octobre 1998
Perspectivisme et relativisme
Objet de la conférence :
« Nietzsche avait déjà affirmé que tous les philosophes métaphysiciens croient en la vérité absolue ; « les sceptiques compris ».
Nous comptons saisir cette occasion pour nous interroger, à travers le perspectivisme nietzschéen, si l’affirmation de la relativité ne suppose pas une reconnaissance préalable de l’absolu ? Et si la démonstration perspectiviste n’était-elle pas une sorte de déconstruction du couple : relatif/absolu ? »
Abdessalam Benabdellali est Professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Rabat. Il est également traducteur et rédacteur en chef de la revue philosophique marocaine « Fikr wa naqd » (Pensée et critique).
Parmi les nombreux ouvrages qu’il a publié en langue arabe :
· Philosophie politique de Farabi, Beyrouth, 1981,
· Heidegger contre Hegel : tradition et différence, Casablanca, 1985
· Patrimoine et identité : essai sur la pensée philosophique au Maroc, Casablanca, 1987,
· Fondements de la pensée philosophique contemporaine : le dépassement de la métaphysique, Casablanca, 1991,
· La Culture de l’oreille et celle de l’œil, Casablanca, 1994.
Vendredi 2 octobre 1998
De la relativité de la connaissance de soi-même
Objet de la conférence :
« Peut-on restaurer la question de la vérité dans son universalité, lorsque le problème de l’authenticité ou les thèmes herméneutiques et déconstructionnistes nous invitent à la récusation d’un paradigme ancien ?
Nous aimerions montrer que le motif de la vérité tel qu’il ordonne la réflexion augustinienne et janséniste de Pascal, Nicole, s’avère indispensable pour penser la question de la connaissance en général -que désirons-nous connaître et que souhaitons nous méconnaître ?- et le problème spécifique de la connaissance de soi.
A partir des Pensées de Pascal, du traité de la connaissance de soi-même de Nicole, nous nous efforcerons de présenter la thématique de l’amour-propre comme amour d’un être imaginaire -le Moi- est stratégie de méconnaissance de la vérité universelle dont la haine s’avère le dernier mobile. L’identification de la relativité de la connaissance de soi-même libère-t-elle un avenir de la vérité universelle ou réfère-t-elle définitivement à l’illusion la plus particularisante ? »
Jean-Pierre Marcos, Normalien, agrégé de Philosophie, docteur en philosophie (Unité et représentation dans la philosophie politique de Hobbes. Prolégomènes à une logique du Tiers) (janvier 1991, Université de Paris I - Panthéon - Sorbonne). Il est maître de conférences à l’Université de Paris VIII (Département de Philosophie), maître de conférences de philosophie politique à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, directeur de programme au Collège International de Philosophie (1992-1998).
Il a publié récemment :
· « Gouvernement de soi et contentement », in Etudes philosophiques, janvier-juin, 1996, 1-2,
· « La société générale du genre humain, Reprise et critique rousseauiste de la réponse de Diderot au « raisonneur violent » dans l’article Droit naturel de l’Encyclopédie » in Routes et déroutes de l’universelle, sous la direction de Ali Benmakhlouf, Casablanca, Editions Le Fennec, 1997, pp. 63-87 ; « Universalité et Généralité. Entre morale et politique : Rousseau », Rue Descartes, N° 17, Juin 1997).
· « De l’aporie du pacte du sujétion dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes », in Cahiers philosophiques, n° 76, Octobre 1998,
· « Figures et fonctions du Tiers chez Hobbes », in Hobbes Studies, 1999.
Vendredi 2 octobre 1998
Le sujet et l’intention de soi-même : obstacles et perspectives
Objet de la conférence :
« Nul ne peut contester ce « retour » fulgurant à l’échelle internationale de la question du sujet, occultée pour un temps considérable par la pensée philosophique, notamment occidentale.
Cette communication cherche à interroger les accents locaux (Le Maghreb) d’une question quasi-universelle. Face à toute affirmation d’une subjectivité inventive d’elle-même et cherchant à différer le jeu de références à ce qui est déjà là, le contexte arabo-musulman dresse souvent des obstacles, n’en citons que ceux-ci : Dieu ou la tradition, avec tout ce qu’elle a de réducteur et de refoulant ; les insuffisances de la société civile et la rigidité de l’espace politique ; le relâchement de la pensée ; critique (pour diverses raisons). Qu’advient-il donc des subjectivités face aux clôtures systématiques des idéologies, du politique et du savoir ?
Voici la question dont nous souhaitons donner une formulation philosophique rigoureuse, beaucoup plus qu’une réponse définitive centralisée. »
Mustapha Laarissa est professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Marrakech. Il a publié de nombreuses études dans des revues marocaines et prépare actuellement une thèse de doctorat sur « l’esthétique de l’existence dans la pensée de Michel Foucault ».
Vendredi 2 octobre 1998
La pensée contemporaine dans tous ses états
Objet de la conférence :
« Il a fallu toute l’histoire de la pensée, pour que celle-ci reconnaisse que l’unique invariable dans le fleuve de l’existence, est son écoulement et son éternel renouvellement. Malgré cela, les croyances sont dans un perpétuel combat pour représenter leurs invariables comme des vérités absolues. La pensée ne cesse ainsi d’investir différent. Nous constatons de ce fait que la conscience moderniste, cherche à peine aujourd’hui, ce qu’on appelle le concret universel renouvelé, qui diffère à la fois de la pensée abstraite et du dogme transcendantal.
Nous pensons les croyances à travers des sens et des valeurs qui sont en vérité le résultat de l’histoire du dogme lui-même. A l’inverse, la prédominance de la culture des relativismes, ne libère pas toujours ses tenants de la supposition du relativisme elle-même en tant qu’un nouvel absolu. L’expérience occidentale elle-même, a démontré que le relativisme dans le domaine scientifique n’inclut pas nécessairement la négation de la subjectivité.
Donc, ces défis du relativisme absolu et des croyances totalitaires, ne sont en réalité que des conventions normatives, qui ont besoin elles aussi, d’être repenser par la pensée, qui les produit accidentellement ou à laquelle elles sont attribuées. C’est ce que nous essayerons d’exposer dans notre communication. »
Moutah Safadi est philosophe, Président Directeur Général du Centre du Développement National (Liban) et Directeur des deux revues arabes La Pensée arabe contemporaine et Les Arabes et la pensée universelle.
Il a publié de nombreux ouvrages en langue arabe, dont notamment :
· Philosophie de l’angoisse, Beyrouth, 1963,
· Stratégie de l’énonciation dans le système des systèmes du savoir, Beyrouth, 1986,
· Critique de la raison occidentale : modernité et poste modernité, Beyrouth, 1989,
Vendredi 2 octobre 1998
Rapport de synthèse
Le Conférencier
Né en 1941, Agrégé de Philosophie et Docteur d’Etat, Michel Fichant est Professeur d’Histoire de la philosophie classique à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris 4). Elève puis Assistant de Georges Canguilhem, ses premiers travaux concernaient l’histoire des sciences et l’épistémologie (« L’objet d’une histoire des sciences », dans Sur l’historie des sciences, Paris, Maspéro, 1969), avant de s’orienter de façon privilégiée vers l’œuvre de Leibniz, dont il a fait connaître des textes inédits (De l’Horizon de la Doctrine humaine et Apokatastasis pantôn (La Restitution universelle). Textes édités, traduits annotés, suivis d’une Postface : « Plus Ultra », Paris, Vrin, 1991 ; La Réforme de la Dynamique. De corporum concursu (1678), et autres textes inédits. Edition, présentation, traductions et commentaires, Paris, Vrin, 1994). Outre de nombreux articles sur la pensée philosophique et scientifique de Leibniz, il a publié des études concernant Descartes et Kant. Son dernier ouvrage paru est Science et métaphysique dans Descartes et Leibniz, Paris, Presses Universitaires de France, 1998.
Michel Fichant est co-éditeur des Studia Leibnitiana (Hanovre) et membre du Comité de rédaction des Archives de Philosophie (Paris). Il est membre du Conseil scientifique du Collège International de Philosophie.
8-9 octobre 1998
La problématique du déterminisme et du volontarisme
Al Fadl Chalaq
Les deux conférences données par Al Fadl Chalaq ont porté sur la problématique du déterminisme et sur la question de l’Etat national dans le monde arabe.
S’agissant du premier volet l’auteur a estimé qu’il n’existe pas de lois déterminantes de l’histoire, le déterminisme historique n’étant enfin de compte qu’une idéologie au service des puissances victorieuses qui sert à justifier leur droit à la victoire. Des nations « défaites », comme c’est le cas pour la nation arabe, ont recours au déterminisme pour justifier leur défaite. La thèse de la détermination par le culturel appartient à ce registre précis.
C’est au politique que revient la tâche d’unifier et d’organiser les dynamiques de progrès. Or le système d’Etat arabe n’a pas été à la hauteur de cette tâche. Après une période faste, il fait aujourd’hui face à une crise profonde. Celle-ci est toutefois soulagée par le fait que les élites intellectuelles se sont mises au service de cet Etat contre leurs peuples.
Le conférencier
Ingénieur, il a dirigé nombre de projets de développement et a été ministre de la communication au sein du gouvernement libanais.
Il est cofondateur (avec Radouane Sayed) de la revue Al Ijtihad.
Auteur, entre autres de :
- Problématique de l’unification et de la division : recherches sur la conscience historique arabe, 1987 ;
- -La nation et l’Etat : dialectique de la communauté et du pouvoir dans l’espace arabo-musulmane, 1993
10-11 décembre 1998
Culture et enseignement au Maroc : les enjeux
Objet des conférences :
« L’articulationentre question scolaire et question culturelle au Maroc ne peut être approchée en dehors du contexte de mutation qui se joue sur un fond de double crise : celle de l’école et celle de la culture. Cette mutation (s’)opère sur le terrain des liens construits durant des décennies entre l’espace scolaire, la société et la culture. Multiplicité de dimensions qui appelle une appréhension plurielle de l’historique, du sociologique et du symbolique. Car, au-delà de sa contribution dans la définition précoce des repères et de la formation pour la personne individuelle, l’école marocaine, comme ailleurs joue un rôle puissant dans la recomposition des champs sociaux, particulièrement des champs culturels.
En partant du postulat que « l’essentiel n’est pas dans la hauteur des intentions mais dans ce qu’apprend réellement l’élève », quelques questions seront posées et des réponses suggérées pour dégager les enjeux de la question scolaire et culturelle au Maroc.
Les interrogations se regroupent autour des axes suivants :
- Le premier interroge l’articulation entre les projets scolaires et/ou pédagogiques mis en œuvre, le projet de société, ou tout au moins la vision qui leur est sous-jacente et les dynamiques sociales, culturelles politiques et institutionnelles qui ont entouré et accompagnent les évolutions de l’enseignement. Cette articulation sera appréhendée à travers les modélisations discursives qui en expriment les finalités dans le discours des décideurs (politiques, technocrates, pédagogues, etc.) ; mais aussi à travers le fonctionnement institutionnel (la gestion, le système de décision et de participation) et les formes de l’enseignement.
Le retour à l’histoire sociale de l’institution scolaire marocaine permettra de voir quels sont les acteurs (profils des décideurs depuis l’indépendance, modes de prise de décision) et les actes qui ont présidé à son évolution et à son organisation : les différentes réformes qui ont successivement affecté l’enseignement depuis la période du protectorat ; le pourquoi de l’échec de ces réformes ; l’absence d’une vision intégrée de la question de la scolarisation.
- Le deuxième axe interroge plus spécifiquement les modalités de fonctionnement interne de l’institution scolaire liée aux pratiques pédagogiques et/ou didactiques ; aux rapports qu’elles instaurent à l’égard du savoir (ou des savoirs) : selon quels principes d’intelligence ? Selon quelles normes linguistiques (question de l’arabisation, statut des langues, hésitations, absence de doctrine, arabisation traduction) ? Selon quelles orientations ? Enfin, selon quelle conception de « l’adaptation de l’enseignement aux besoins du pays » ?
- Dans un troisième axe, il sera question de voir à travers ces différentes dimensions les rapports d’interaction du champ culturel et du champ scolaire pour voir comment l’école contribue à refaçonner la culture des individus et la culture globale en cette fin de siècle.
La réflexion sur ces questions cruciales de l’enseignement, de l’éducation et de la culture au Maroc, sera inscrite autant que possible dans une dimension maghrébine. »
Abdellatif FELK a enseigné la philosophie et la sociologie de l’éducation à la Faculté des Sciences de l’Education de Rabat. Il est actuellement chercheur à l’Institut Universitaire de la Recherche Scientifique de Rabat. En plus de nombreux articles, il est co-auteur du livre : Anthropologie et Histoire : cas du Maghreb, édit. Toubkal (1988) et prépare un autre ouvrage portant sur le thème : « Jeunes et société au Maroc ».
1-2 avril 1999
Federico Corriente Cordoba
Les deux conférences ont porté sur les résultats des recherches en cours, relatives aux rapports linguistiques et littéraires entre l’Andalousie musulmane et les autres Etats de la Péninsule ibérique.
La première conférence a permis de débattre des questions de terminologie, de se faire une idée de l’histoire de la poésie en Andalousie et de son rapport à la littérature arabe, etc. La kharja andalouse est considérée comme la preuve de l’existence d’une société islamique tant du point de vue du dogme que du point de vue de la civilisation. Ceci dit, la dualité linguistique a persisté jusqu’au temps des Almoravides.
La seconde conférence a été centrée sur la problématique des emprunts : les sources, l’ampleur et l’intérêt de l’étude linguistique du phénomène. Le conférencier a brossé un état des lieux des recherches et a proposé des pistes pour l’avenir.
Le conférencier
Federico Corriente Cordoba est professeur des études arabes et islamiques à l’Université de Saragosse.
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Il est auteur, entre autres, de : |
Las Mu'allaqat : antologia y panorama de Arabia preislamica, -Madrid :-Instituto hispano-arabe de cultura
-1974
A Dictionary of Andalusi Arabic,,Leiden : E. J. Brill, 1997
Arabe andalusi y lenguas romances, Madrid : MAPFRE, 1992
Diccionario espanol-arabe, Madrid :Instituto hispano-arabe de cultura, 1970
El Léxico arabe andalusi segun el "vocabulista in Arabico", Madrid : Universidad complutense, 1989
El Léxico arabe andalusi segun P. de Alcala, Madrid : Universidad complutense, 1988
El Léxico arabe estandar y andalusi del glosario de Leiden, Madrid : Universidad complutense,1991
Gramatica arabe, Madrid : Instituto hispano-arabe de cultura, 1984
Léxico estandar y andalusi del diwan de Ibn Quzman, Zaragoza : Universidad de Zaragoza, 1993
Nuevo diccionario espanol-arabe, Madrid : Instituto de cooperacion con el mundo arabe, 1988
Poesia dialectal arabe y romance en Al Andalus, Madrid : Gredos, 1998
Recopilacion de refranes andalusies de Alonso del Castillo, Zaragoza : Universidad de Zaragoza, 1994
8-9 Avril 1999
Regards anthropologiques sur l’Islam : difficultés du passé et périls de l’avenir
Objet de la conférence :
« Cette série de conférences constituera, dans un premier temps, une étude sur la manière dont l’islam (Société ? Religion ? Domaine politique ? Islam des textes, islam des pratiques) a été construit par les anthropologues en tant qu’objet. Elle soulignera les acquis et les difficultés des paradigmes utilisés jusqu’à présent. La deuxième conférence, tentera, à partir d’un exemple, d’esquisser quelques directions pour une anthropologie qui vise à se positionner en tant que regard sur la culture par elle-même. Regard qui implique un type particulier de vigilance épistémologique et de familiarité avec d’autres cultures présentes et passées. »
Le texte de la conférence a été traduit à l’arabe et publié dans la revue Prologues, n°19.
Abdellah HAMMOUDI est professeur au Département d’anthropologie et directeur de l’Institut pour les études trans-régionales pour le Moyen Orient contemporain, l’Afrique du Nord et l’Asie Centrale; à l’Université de Princeton.
Outre de nombreux articles et études, il a publié les ouvrages suivants :
· Master and Disciple : The Cultural foundation of Authoritarianism in the Arab world, University of Chicago Press, 1997 ;
· The Algerian impasse, Princeton University, ed. (with Stuart Schaar), CIS Monographs, 1995;
· The victim and its masks, Chicago, University of Chicago Press, 1993;
· La victime et ses masques : essais sur le sacrifice et les mascarades au Maghreb, Paris : Seuil, 1988 ;
· L’Azzaden, procès de production et structure sociale dans le Haut Atlas, Rabat, Institut Agronomique Hassan II, monographie, 1984 ;
· « La question agraire au Maroc », in Bulletin Economique et Social du Maroc (en collab. avec N. Bouderbala et P. Pascon), Rabat, 1978 ;
· The prospect for civil society in the Maghreb, Casablanca, Toubkal, 1997 ;
· Universalizing from Particulars, the Universal Declaration of Human Rights in a Comparative Perspective, London, edited volume, Tauris, 1998.
6-7 Mai 1999
Culture et relations internationales
Objet de la conférence :
Le séminaire porta sur l’étude du rôle de la culture dans les relations internationales, en prenant comme point de départ trois aspects de la question : le nationalisme, la globalisation des médias et la diversité des religions. Il s’agit de développer ces trois aspects dans leur contexte international ainsi que par rapport aux différentes théories qui essaient de les expliquer, y compris celles du « choc des civilisations » de Huntington, « Le nouveau moyen âge » d’Alain Minc et « La fin de l’histoire » de Fukuyama. Ces problèmes sont abordés dans un contexte tant occidental, asiatique que moyen-oriental.
Le Conférencier
Fred Halliday est, depuis 1985, professeur de Relations Internationales au Département de Relations Internationales à la London School of Economics and Political Science de Londres. Parmi ses publications relatives au Monde arabe et musulman on peut citer :
· Arabia without Sultans, Penguin, 1974 ;
· Iran : Dictatorship and Development, Penguin, 1978 ;
· Mercenaries in the Persian Gulf, Russell Press, 1979 ;
· State and Ideology in the Middle East and Pakistan, Macmillan, 1988 ;
· Revolution and Foreign Policy : the Case of South Yemen 1967-1987, CUP, 1990 ;
· Arabs in Exile, The Yemeni Community in Britan, I.B. Tauris, 1992 ;
· Islam and the Myth of Confrontation, I.B. Tauris, 1996.
3-4 Juin 1999
Les origines de la langue arabe
Objet de la conférence :
« L’apparition d’un genre littéraire, servant de modèle incontesté, est beaucoup plus ancienne pour la langue arabe (à définir) que pour les langues européennes. Elle remonte au début du VIIe siècle. Le propos de la conférence est de s’arrêter sur les modalités de la genèse de cet arabe littéraire.
La démarche suivie amène à s’intéresser successivement à :
1. La situation linguistique de l’Arabie pré-islamique. Bien évidemment, il sera fait mention à ce propos des principales puissances politiques, dans la mesure où les documents disponibles reflètent la langue des tribus dominantes et non les parlers effectivement utilisés.
2. La formation de la langue arabe : la diversité relative de sa morphologie avant l’islam, la codification de son orthographe, le choix de son écriture. »
Christian Julien Robin est Directeur intérimaire de l’IREMAM ; Directeur de recherche au CNRS ; Président du Comité des orientalismes (CNRS), Directeur de la Mission archéologique française au Tigray (Ethiopie) Et Editeur de l’Inventaire des inscriptions sud-arabiques, de la revue yéménite Raydàn et de la revue grand public Saba.
Parmi ses nombreux ouvrages :
· Bibliographie générale systématique, Louvain, 1977 ;
· Les Hautes-Terres du Nord-Yémen avant l’Islam, Istanbul, 2 vol., 1982 ;
· Mukhtârât min an-nuqüsh al-yamaniyya al-qadima, Tunis, 1985 ;
· « L’Arabie antique de Karib’îl à Mahomet », in RMMM, n° 61-1991 (Dir.) ;
· Inabba’, Haram, al-Kâfir, Kamna et al-Harâshif, 1992 ;
· Arabie heureuse, Arabie déserte : les antiquités arabiques du musée du Louvre, 1997, (collectif) ;
· L’abcdaire du Yémen, Paris, 1997, (en collab).