La Spécificité du Maghreb arabe
Ouverture
Allocution d’ouverture : Driss SLAOUI
Rapport introductif : Mohamed BENNOUNA
Première Séance :
Pour une pensée maghrébine : Mohamed ARKOUN
Spécificité maghrébine et sciences sociales : Michel CAMAU
Le Maghreb à travers les sciences politiques occidentales : Jean-Claude VATIN
La Spécificité du Maghreb dans la pensée religieuse, philosophique et historique : Abdeslam CHEDDADI
Portrait du Maghrébin : Abd El Kader KHATIBI
Troisième Séance
Le Maghreb, deux siècles avant l’Islam : Michel JOBERT
Le Maghreb : Quelle modernité ? Habib EL MALKI
Conditions internes et facteurs externes de la modernisation du Maghreb : Abdelatif BENACHENHOU
Quatrième Séance
La Spécificité de la pensée juridique maghrébine : Yadh BENACHOUR
La dimension africaine du Maghreb : Slimane CHIKH
Rapport de synthèse : Abdellah HAMMOUDI
Note sur les actes du colloque (tirée de la lettre d’information de la Fondation)
« Venus des deux côtés de la Méditerranée pour débattre et « penser » le Maghreb dans sa spécificité, plusieurs chercheurs se sont retrouvés à la Fondation les 6 et 7 décembre 1990. Peut-on « penser » l’espace maghrébin en terme de spécificité sans courir le risque de la soustraire à sa dimension islamique, arabo-berbère, africaine, méditerranéenne, voire universelle ? A cette question essentielle les intervenants répondent par l’affirmation et vont même plus loin.
Selon M. Bennouna la recherche sur la spécificité du Maghreb est un travail « essentiel et primordial, tant il est vrai que tout projet unitaire doit trouver son ressort et son souffle dans ses forces endogènes, dans son génie propre, autrement, il ne serait qu’un succédané, un sous-produit qui balance au gré des vents venus d’ailleurs ».
Pour A. Cheddadi, il ne peut y avoir de spécificité que par rapport à « un universalisme assumé ». Mais de quel « universalisme » s’agit-il ? L’universalité n’équivaut nullement à l’identification à la modernité occidentale. Une universalité assumée pour les Maghrébins suppose un investissement de la dimension islamique pour forger une modernité nouvelle qui puisse sa substance dans leur spécificité.
Faut-il imprimer une dynamique d’intégration au Maghreb qui soit, en même temps, une dynamique de modernité ou demeurer cloisonné à un mimétisme figé ? H. El Malki souligne à ce propos que la modernité est plurielle et fondée sur un « double mouvement : enracinement et ouverture ».
M. Arkoun, de son côté, appelle à l’élaboration d’une pensée critique maghrébine qui sera en mesure de déconstruire « cet impensé cumulé » tout au long de l’histoire arabo-musulmane.
Le Maghreb apparaîtra, en fin de compte, comme ayant à la fois des caractéristiques qui lui sont propres, quoique difficilement définissables, et d’autres qu’il partage avec d’autres sociétés civiles. La spécificité se résume, entre autres, dans son fiqh (malékisme), sa mystique (confréries), son ésotérisme (rites de sacrifices) et sa langue travaillée de l’intérieur par les dialectes berbères.
D’autres aspects semblent être refoulés, voire réprimés, telle une certaine identité maghrébine qui arrive difficilement à trouver une expression dans le champ politique.
Il demeure néanmoins, que c’est dans la conjugaison de cette spécificité et de la modernité que résiderait le chemin qui conduirait les Maghrébins à construire leur unité.»
Les actes de ce colloque ont fait l’objet d’une publication sous le titre La spécificité du Maghreb arabe
Femmes et droits au Maghreb
Sous le thème « Femmes et droits au Maghreb », une table ronde a eu lieu le 26 avril 1991 dans les locaux de la Fondation avec la participation de F. Mernissi, K. Saïd, Omar Azziman et d’autres intellectuels et chercheurs. Cette journée fut dominée par la problématique du Droit et de l’émancipation de la femme maghrébine.
Note sur les actes de la rencontre (tirée de la lettre d’information de la Fondation)
« Le Droit peut-il être un facteur d’émancipation des femmes au Maghreb ? Pour le cas algérien, N. Saadi s’est attelé à brosser un tableau de la condition juridique de la femme en Algérie. Il fait ainsi état de l’existence d’un jeu juridique de deux ordres : un ordre juridique basé sur les préceptes de l’islam et un autre né du choc colonial. Cette dualité donne lieu à un discours qui vise à légitimer un ordre culturel par un ordre sociologique.
La Tunisie, par contre, souligne A. Chérif Chamari, a été l’un des premiers pays arabes a avoir instauré un code de la famille reformant la condition et les droits de la femme. Il n’en demeure pas moins que, malgré des acquis fondamentaux, le statut d’infériorité de la femme dans la relation familiale reste une donnée indiscutable. Elle est, ainsi, sujette à des discriminations en cas de divorce, en raison de son sexe dans la relation matrimoniale et en matière successorale. A. Chérif Chamari s’est ensuite interrogé sur l’avenir des droits de la femme au réveil du fondamentalisme islamique.
Enfin, pour le Maroc, A. Moulay R’chid a souligné la nécessité d’une refonte de la Moudawana. Bien que favorisant la femme sur certains points, le Droit marocain exerce des discriminations sur beaucoup d’autres. Les trois orateurs maghrébins, ont cependant tous mis l’accent sur le fait que tout projet de développement sociétal passe nécessairement par la prise en considération des droits légitimes de la femme maghrébine. Son émancipation constituerait la caution pour gagner la bataille de la démocratie. Les communications furent agrémentées par la projection des dessins du cartooniste algérien Kaci et deux vidéo clips humoristiques des cinéastes A. Tazi du Maroc et A. Hamouch d’Algérie. »
Note de présentation de la rencontre (tirée de la lettre d’information de la Fondation)
« Le religieux et le sacré nous interpellent aujourd’hui avec force et « semble avoir plus de prise sur la société qu’il n’en a jamais eu », déclare A. Filali-Ansary qui, dans son discours introductif, a mis l’accent sur la perplexité que nous ressentons devant des tendances et discours qui semblent aux antipodes les uns des autres. D’un côté, certains discourent sur un désenchantement du monde, une réorganisation du sens dans laquelle l’homme « abandonne pratiquement tout ce qui a fait son rêve depuis des temps immémoriaux, tout ce qu’il a eu coutume d’appeler narcissiquement son humanité ou son illusoire divinité située en lui-même ou reconnue dans la transcendance ». D’un autre côté, certains parlent d’un retour du sacré, du religieux, qui se manifeste ouvertement en public et parfois sous des formes violentes. Il se demande enfin si le moment opportun n’était pas venu pour que la raison reprenne le combat.
M. Maffesoli, s’est intéressé quant à lui au phénomène du ré-enchantement du monde en Europe. Le retour du mythe - du mot grec « mutos », c’est-à-dire qui unit comme dans un mystère des initiés entre eux -sous diverses formes, est un modèle d’actualité. Modèle dans le sens de matrice, de levier méthodologique pour comprendre les représentations et l’organisation d’une société donnée. Chaque fois que l’homme s’est interrogé sur une manière d’être ensemble, sur ce qui donne naissance à une société, il s’est questionné sur le modèle religieux dans le sens de « reliance » « religare ».
Tout espace de civilisation, repose à ses débuts essentiellement sur cette espèce de partage de forme de transcendance, même si c’est une transcendance immanente (c’est-à-dire qui ramène au social), ce qui unit les gens : exemple du culte dionysiaque à la naissance de la civilisation hellénique, et des petits groupes à la naissance de la civilisation chrétienne. Il y a donc une efficace du symbolique dès le moment où il y a acte de Fondation, d’être ensemble... Et de la même manière, il y a une efficace du symbolique chaque fois que l’on va rappeler ce qui fonde l’être ensemble.
Cette force du symbolique qui est en action dans la société actuelle, s’exprime sous forme de « nébuleuse » du sentiment religieux qui va d’un certain rapport à la nature (exemple du mouvement écologique) au re-surgissement de pratiques occultes et autres.
Et M. Maffesoli d’insister en conclusion sur l’intérêt qu’on peut tirer de cette efficace du symbolique. Elle nous permettrait de comprendre l’évolution sociale contemporaine. La modernité constituait une attitude qui était active par rapport à la vie sociale. Le retour du sacré, par contre, est un donné social, c’est ce à quoi on doit s’accommoder.
L’intervention de A. Hammoudi fut une suite d’interrogations pertinentes sur le désenchantement, le retour du mythe et l’espace arabe-musulman. L’efficace du symbolique n’est-elle pas quelque chose que nous fabriquons et à laquelle nous attribuons une certaine opacité ? Quelles sont les procédures de production du mythe ? Il nous invite à réfléchir sur les processus par lesquels nous fabriquons des mythes. La raison n’est-elle pas quelque chose qui est armée d’une passion extraordinaire ? peut-on parler de désenchantement ou de ré-enchantement par l’Islam ? l’Islam a-t-il désenchanté le monde ? A-t-il été ailleurs ? Dans l’aire arabo-musulmane, le phénomène du rite nous enseigne que ce qui relevait de l’ordre du dionysiaque ne signifiait aucunement une renaissance. Il détruisait les classifications habituelles, mettait sens dessus-dessous toutes les valeurs de la tribu. L’enchantement est toujours là et les gens éprouvent tout simplement le besoin de sortir du cadre habituel de la vie sociale.
Hassan Rachik s’est, quant à lui, intéressé à la définition étymologique du mot « symbole ». Chez une tribu Zambienne, le mot veut dire « marquer la piste » afin de retrouver le chemin du village de retour de la chasse dans la brousse profonde. Il récuse la vision manichéenne de ré-enchantement- désenchantement et souligne la complexité du problème. En étudiant le cas des rites dans le Haut-Atlas, l’intervenant a remarqué la pérennité du rituel. Seuls changent les acteurs au sein de la collectivité. On ne peut donc parler de désenchantement, ré-enchantement, le sacré est toujours là ; il est maintenu par la collectivité toute entière. Il y aurait ainsi beaucoup à apprendre des logiques de ces collectivités. »
Colloque tenu à l’initiative de la Fondation en 1992 et qui a vu la participation de chercheurs du Maroc, d’Espagne et de France. Ce colloque s’inscrit dans le cadre d’un projet scientifique et documentaire qui a l’ambition de chercher à établir le bilan systématique du legs écrit de al-Andalus.
Les actes de ce colloque sont publiés dans Etudes Maghrébines, n°3-4, automne 1996, Dossier spécial « Patrimoine écrit d’al-Andalus : essai de synthèse »
28-30 janvier 1993
La raison et la question des limites
Rencontre qui a eu lieu à l’initiative conjuguée de la Fondation du Roi Abdul-Aziz et du Collège international de philosophie et qui a réuni une vingtaine de philosophes venus du Maghreb, du Machreq et de France.
Cette rencontre a donné lieu à une publication intitulée La raison et la question des limites, publiée chez les Editions Le Fennec, 1997, dans la collection Débats philosophiques.
21-22 octobre 1993
Stabilité et évolution du droit de la famille
Il s’agit de la deuxième rencontre organisée par la Fondation dans le cadre du programme de recherche intitulé les Journées juridiques maghrébines.
La rencontre a été l’occasion d’échanges fructueux bien que parfois passionnés, entre d’éminents chercheurs et intellectuels maghrébins : juristes, sociologues, anthropologues, philosophes, politologues, etc. La famille, à l’image des sociétés du Maghreb, évolue et les liens en son sein comme ceux qu’elle entretient avec son environnement changent, se recomposent. La question a été de savoir jusqu’à quel point le législateur au Maghreb était, en matière de droit de la famille, en phase avec cette évolution. Il fallait établir un diagnostic de ce qui a été réalisé, s’interroger sur l’évolution du droit musulman et sur sa capacité à accompagner la dynamique sociale et enfin débattre du rapport qu’établissent entre eux droit et religion, droit positif et islam. C’est ce à quoi les participants ont essayé de s’atteler.
Première séance
Président de séance : Mohamed TALBI (Professeur à la Faculté des Lettres - Tunis)
Le droit de la famille au Maghreb
Keltoum MZIOU(Professeur à l’Université de Tunis)
Evolution du droit de la famille en Algérie
Mohamed M. MAHIEDDIN (Professeur à l’Université d’Oran)
Commentaire
A. Moulay R’CHID (Professeur à l’Université Mohamed V)
Débat
Deuxième séance
Président de séance: Mohamed MAHIEDDIN (Professeur à l’Université de la Nouvelle Sorbonne - Paris)
Droit de la famille : constantes et conditions
Ahmed KHAMLISHI (Professeur à l’Université Mohamed V)
Lecture historique des versets 34 et 35 de la sourate des femmes
Mohamed TALBI (Professeur à l’Université de Tunis)
Commentaire
Mohamed Abed JABIRI (Professeur à l’Université Mohamed V)
Débat
Troisième séance
Président de séance : A. Moulay R’CHID (Professeur à l’Université Mohamed V)
L’Etat, le droit et la religion en Algérie : à propos du droit de la famille
Ramdane BABADJI
Commentaire
Mohamed GUESSOUS (Professeur à l’Université Mohamed V)
Débat
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Une partie des actes de cette rencontre est publiée dans un « Dossier spécial » in Etudes Maghrébines, n°9, 1999, pp. 3-27