La traduction des sciences humaines et sociales
dans le monde arabe contemporain
Casablanca, 25-27 octobre 2007
Dans la culture arabe contemporaine, la traduction est au centre de nombreux débats qui touchent à la langue et à l’éducation tout autant qu’à la production et à la circulation des savoirs et des idées. Récemment, ces débats ont pris une ampleur particulière à la suite du rapport du PNUD sur le développement humain arabe (Vers une société de la connaissance, 2003), qui soulignait – à partir de statistiques très partielles et contestables – la faiblesse des flux de traduction vers l’arabe.
Ces questions se posent avec une acuité particulière dans le domaine de la traduction des sciences humaines et sociales. La recension des traductions publiées des années 1950 à nos jours montre que la plupart des œuvres et des auteurs canoniques dans les diverses disciplines (philosophie, sociologie, psychologie, économie, histoire, études littéraires…) ont été traduits en arabe ici ou là, à un moment ou à un autre ; en même temps, ces traductions sont trop dispersées dans l’espace et dans le temps pour constituer un fonds cohérent et accessible. C’est pourquoi la représentation dominante, dans le champ intellectuel arabe contemporain, d’un mouvement de traduction insuffisant et lacunaire, peut paraître à la fois excessive et objectivement fondée.
D’autre part, et toujours selon cette perception dominante, le marché du livre arabe traduit serait dominé par des textes mal écrits, des traductions fautives, incohérentes (du fait du « chaos terminologique »), voire incompréhensibles. Les dossiers, enquêtes et colloques sur la traduction font une large place à ces critiques. En fait, il y a quelque injustice à singulariser ainsi les traducteurs parmi l’ensemble des producteurs d’écrits : si la qualité moyenne des traductions arabes contemporaines laisse à désirer, celle des œuvres arabes originales est-elle meilleure ? L’une et l’autre sont tributaires des conditions difficiles du travail intellectuel dans le monde arabe contemporain, ainsi que du faible degré de professionnalisation des métiers de l’édition.
L’objectif de cette rencontre est moins de dresser un bilan « en extension » du mouvement de traduction arabe en sciences sociales, bilan qui serait forcément incomplet, que d’en tenter une évaluation « en compréhension », en profondeur. Quels sont les points forts et les lacunes du mouvement de traduction arabe dans les principales disciplines des sciences humaines et sociales ? Comment ce mouvement est-il affecté par les rapports des champs scientifiques arabes locaux avec les centres dominants (français, anglo-saxon ou autre) du champ scientifique international ? Quel rapport entre mouvement de traduction et héritage (turâth) scientifique ? Certaines disciplines sont plus extraverties que d’autres : pourquoi, et avec quelles conséquences ? Quelle est la part de l’orientalisme dans le mouvement de traduction, c’est-à-dire la part de la « réappropriation » des savoirs sur la culture et les sociétés arabes produits hors de celles-ci et dans d’autres langues ? Plus généralement, comment la traduction contribue-t-elle à ou, au contraire, freine-t-elle la réappropriation des savoirs et des concepts étrangers par le champ intellectuel arabe ? Comment ces savoirs et ces concepts sont-ils reçus, « naturalisés » par ce champ intellectuel arabe ? Qui sont les acteurs de ce mouvement de traduction : traducteurs, éditeurs et autres passeurs et médiateurs ? Quelles sont leurs trajectoires, leurs agendas ? Telles sont quelques-unes des questions qui seront abordées par cette rencontre scientifique.
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