De la Reconnaissance
23 - 24
janvier 2004
Coordination Scientifique
Ahmed Alami & Ali Benmakhlouf
Ce colloque se propose de parcourir les différents champs d’analyse relatifs à la notion de reconnaissance. Il y va aussi bien de la reconnaissance psychique face aux troubles qui assaillent un individu, que de la reconnaissance socio-politique, voire même ethnique. Travailler avec les résistances que rencontre la reconnaissance, avec les constructions des identités dans le champ politique nous pousse à jeter un regard autre sur l’authenticité : celle-ci est-elle donnée au préalable ? Sous quelle forme peut-on dire qu’elle est, comme l’identité , une construction ?
Résistance psychique et reconnaissance du familier
« Comment surmonter les résistances du vouloir » ? Comment faire avec les résistances productrices de non-savoir ? ce n’est pas l’ignorance qui est pathogène : « ce n’est pas ce non-savoir en soi qui est pathogène, mais le fait que ce non savoir est fondé sur des résistances internes qui ont tout d’abord suscité le non-savoir et qui maintenant encore l’entretiennent. C’est dans le combat livré contre ces résistances que réside la tâche de la thérapie » Freud, Oeuvres complètes, De la psychanalyse sauvage, Paris, Puf, t.X, p.211.
Qu’est ce qui dans le familier et le banal résiste à être reconnu ? Dans une veine à la fois platonicienne et freudienne, on peut se demander en quel sens la réflexion philosophique est toujours une remémoration de ce qui a toujours été su mais qui est enfoui.
Comment éviter de se casser le nez sur des analogies dont on n’est pas même conscient ? Rendre conscientes et explicites les analogies c’est leur ôter leur pouvoir destructeur. L’un des exemples en est la thérapie psychanalytique : elle consiste d’abord à pousser le patient à reconnaître que les choses n’ont pas à être telles qu’il affirme qu’elles doivent être, ou que les choses peuvent être telles qu’il prétend qu’elles ne peuvent pas être.
Identité et identifications : constructions
« Il n’y a pas d’identité donnée, il n’y a que de l’identification, c’est-à-dire un procès toujours inégal, des constructions risquées, appelant des garanties symboliques plus ou moins fortes. Car l’identification se reçoit des autres et dépend toujours des autres » (Etienne Balibar, La crainte des masses, Galilée, 1997, p.363). Comment la civilité peut-elle régler le conflit des identifications ?
L’espace social dans lequel se fait la reconnaissance est toujours divisé car le peuple n’est pas une totalité. Il ne peut y avoir dit-on de politique démocratique sans la reconnaissance d’un litige. Les minorités ne luttent pas tant pour des droits ignorés que pour « la jouissance de droits déjà déclarés. S’il en est ainsi le combat contre le déni de citoyenneté est bien la vie de la politique d’émancipation » (Balibar, op.cit., p.24).
Qu’est-ce qu’être minoritaire ? Ce n’est pas être en petit nombre. Les femmes sont minoritaires sans être en petit nombre, les colonisés sont minoritaires sans être un petit nombre. Le concept de minorité n’est pas un concept quantitatif. Etre minoritaire c’est être mineur, c’est-à-dire être asservi à un autre. « Quand une minorité se crée des modèles, c’est parce qu’elle veut devenir majoritaire, et c’est sans doute inévitable pour sa survie ou son salut (par exemple avoir un Etat, être reconnu, imposer ses droits). Mais sa puissance vient de ce qu’elle a su créer.
« Etre libre c’est pouvoir faire don de la liberté à un autre que l’on rend ainsi capable de nous la rendre » Franck Fischbach, Fichte et Hegel, La reconnaissance, Puf, 1999, p.47)
Reconnaissance et authenticité
C. Taylor montre dans son livre, La politique de la reconnaissance, tr.fr., champs Flammarion, 2001, qu’on peut se trouver incapable de tirer profit de ses possibilités objectives par manque de reconnaissance. L’existence de droits doit s’accompagner de la non dépréciation de soi. Il faut s’interroger sur le passage des sociétés de l’honneur à celles de la dignité (Rousseau). La recherche de la reconnaissance comme recherche de l’authenticité, comme éviction de l’imitation simiesque devient un enjeu des sociétés modernes. La reconnaissance permet de jouir de certains biens ou droits devenus enfin accessibles. C’est bien le déni de reconnaissance qui engendre de l’oppression. Comment répondre à l’aveuglement aux différences des politiques identitaires ? Comment redonner aux hommes le potentiel universel qu’ils possèdent ? Il est difficile pour le libéralisme de revendiquer une neutralité culturelle complète.
Participants :
- Khadija Amiti, (Université Ibn Tofail - Kénitra) ;
- Abdelhay Azerkane, (Université Mohamed Ben Abdellah - Fès) ;
- Ahmed Al Alami, (Université Ibn Tofail - Kénitra) ;
- Emmanuel Renault, (Ecole Normale Supérieure des Lettres et Sciences Humaines, Lyon) ;
- Ali Benmakhlouf, (Université de Sophia Antipolis - Nice) ;
- Fethi Benslama, (Université Paris VIII - Paris) ;
- Jean-Michel Salanskis, (Université de Paris X - Nanterre) ;
- Marie Gaille Nikodimov, (Ecole Normale Supérieure - Paris) ;
- Michel Dupuis, (Centre d’anthropologie philosophique - Bruxelles) ;
- Mohamed Saouri, (Université Ibn Tofail - Kénitra) ;
- Mustapha Laarissa, (Université Cadi Ayad - Marrakech) ;
- Philippe-Joseph Salazar, (Center for Rhetoric Studies, Cape town – Afrique du sud/Collège International de Philosophie, Paris) ;
- Sandra Laugier, (Université d'Amiens) ;
- Ulrich Steinvorth, (Université de Hambourg, Hambourg) ;
Programme
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