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Le développement local et l'économie solidaire à l'épreuve de la mondialisation

Coordination scientifique : Driss Khrouz

Argumentaire

La mondialisation des échanges, sous l’emprise de la spéculation financière internationale, nous incite à un nouvel examen des questions économiques en général et celles du développement en particulier.

Les modalités d’action et de réaction des acteurs se sont totalement transformées. La mondialisation de la marchandise véhicule une nouvelle conception de la culture et de l’être ; l’avoir tend de plus en plus à prédominer. De support matériel et de cadre d’organisation sociale du travail humain, le marché est de plus en plus présenté comme une finalité, comme un ultime objectif. Veut-on en faire une valeur ?

L’histoire de l’humanité enseigne que les grandeurs politiques et économiques ne valent que par les valeurs humaines et culturelles qui les supportent. L’économique n’a de sens que par rapport à une éthique sociale et à ses fondements spirituels et philosophiques.

C’est làl’une des raisons majeures qui expliquent l’exacerbation des questionnements religieux, éthiques et culturels depuis trois décennies. C’est ce qui permet aussi de comprendre le poids des intégrations économiques régionales.

La mondialisation financière et technologique est l’expression économique du libéralisme politique. Elle est un pouvoir. Des contre-pouvoirs sont naturellement engendrés. Il ne s’agit pas de génération spontanée mais d’articulation entre phénomènes globaux.

La nature et l’action de l’Etat sont en cause. La conception et l’organisation de l’entreprise, du travail et du syndicalisme sont fortement interpellées. Le politique en tant qu’expression civique de la chose publique est ébranlé. Face à ces questions nouvelles, les anciennes réponses ne sont plus adaptées. Des réponses mieux appropriées sont nécessaires. Cela suppose au préalable de comprendre la dimension et les implications de cette équation qu’est la mondialisation.

Le développement local et son corollaire l’économie sociale, constituent de plus en plus un des espaces privilégiés de ces questionnements. Il ne s’agit pas de nier la réalité de la mondialisation, de sous-estimer les forces qui la portent. Il s’agit de trouver des contre-pouvoirs à son hégémonie et de mettre en place des structures, des acteurs et des comportements pour qu’elle prenne en considération la complexité des réalités, le pluralisme des sociétés et le respect de la différence comme valeur et vertu humaines. Cette approche alternative permet de donner au développement local et à l’économie solidaire non des statuts de réaction sociale et de refus du progrès social, mais de considérer qu’en dernier lieu, c’est la personne humaine qui fait de la richesse ce qu’elle peut en faire.

Le développement local et toutes les formes de l’économie sociale ne sont pas des phénomènes nouveaux. La mondialisation ne l’est pas non plus. Ce qui est nouveau c’est la façon dont ils s’expriment sur le terrain et évoluent au fur et à mesure que la finance et les nouvelles technologies de l’information et de la communication transcendent les obstacles traditionnels, et déterminent en toute liberté, leurs choix en fonction de leurs seuls intérêts et projets.

Au Maroc, comme dans tous les pays du monde, l’intérêt de plus en plus grand que la société porte au développement local et à l’économie solidaire n’est pas une simple question de conjoncture ou un effet de mode. Face au « prêt à penser » dominant, l’émergence de nouveaux acteurs est devenue nécessaire. On peut avancer que ce sont les préférences nées des mutations sociales et économiques qui ont rendu cet intérêt indispensable et urgent.

L’une de ces mutations les plus déterminantes est la nécessité pour l’État de « lâcher du lest » sous l’emprise de la mondialisation et de la culture des droits de l’homme.

En effet, au Maroc comme dans beaucoup de pays en développement, l’émergence du mouvement associatif est un phénomène récent. Longtemps, l’État a combattu toute initiative d’émancipation des populations et de leur responsabilisation, au nom des impératifs sécuritaires. Le développement des acteurs associatifs ouvre des brèches dans le centralisme sécuritaire du pouvoir politique et social ce qui conduit à l’acceptation par l’État de déléguer des parties du pouvoir qu’il détient. Il s’agit de la transition d’une société sous tutelle du pouvoir de l’État à une société de partage du pouvoir et de participation des populations à la vie sociale et donc politique de leur pays.

Face à la marginalisation de segments entiers des économies, de la majorité de la population de la planète et à l’effritement brutal de pans entiers des cultures, des langues et des modes de vie plusieurs fois millénaires, la remise en cause de la mondialisation spéculative devient la seule bouée de sauvetage possible.

Le développement local et l’économie solidaire ne sont pas des replis sur soi et des ruptures avec le monde. Ils se sont au contraire totalement métamorphosés sous l’emprise de cette ouverture brutale. C’est ainsi que de nouveaux acteurs sociaux du développement économique sont apparus. C’est ainsi que l’espace social local et régional invente de nouvelles modalités d’expression face aux obstacles qui entravent le bien être des populations.

Ce mouvement n’en est qu’à ses débuts dans la majorité des pays, notamment au Maroc.

Ce processus n’est pas spontané, il est né de la nouvelle conscience que les populations ont de leurs besoins, notamment en comparaison avec d’autres régions, et d’autres pays, sous l’effet des progrès des médias de masse. Il y a là un effet contagieux indéniable. Les progrès de l’hygiène, de la scolarisation et de la médecine y contribuent aussi. Le désengagement brutal de l’État au début de la décennie quatre vingt précipité cette tendance. Les organisations internationales et la société civile démocratique des pays du Nord ont largement contribué à vulgariser et implanter le développement local comme nouvelle pratique de la solidarité et de l’économie sociale.

C’est ce besoin des populations de s’organiser et de se prendre en charge qui explique ce recours. Ce sont aussi les mutations des modes de vie et la désarticulation des modes traditionnels de vie et de solidarité comme le douar, la tribu, le village, le derb, la houma qui ont accéléré ce changement. C’est cet espace d’innovation, de recherche, de responsabilisation, mais aussi d’opportunisme et de recyclage des hommes politiques en perte de vitesse et à la recherche de nouveaux créneaux, qu’il s’agit de cerner et d’analyser. Quelles que soient sa portée et ses limites, il est une des meilleures expressions des formes nouvelles d’organisation sociale, de responsabilisation des individus et des prises en charge de nouvelles utilités sociales.

Cela concerne le mouvement associatif dans ses versions développement local, alphabétisation, intégration de la femme dans le développement politique et social. Cela concerne aussi toutes les formes utilitaires d’organisation sous forme de coopératives, d’amicales, de comités de défense et de jemaas.

Trois axes prioritaires peuvent structurer le séminaire :

Axe 1 – Économie solidaire et formes locales de développement

Axe 2 – Activités de proximité : expériences et perspectives

Axe 3 – Les acteurs de l’économie solidaire : enjeux et responsabilités

 

Programme 

Vendredi 22 juin 2001

Driss Khrouz « Rapport introductif »

Miguel Angel Martinez , Président du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, Député européen « Développement social, mondialisation et citoyenneté »

Axe 1

Economie solidaire et formes locales de développement

Ait Haddout ; M. Jaouad « l’économie sociale au Maroc : approches méthodologique et acteurs en présence »

M. Kasrielle « L’organisation du champ associatif : mythes et réalités »

Débat

A. Ballenghien « Réflexions sur l’économie sociale : atouts et limites »

F. Ammor « Le mouvement associatif au Maghreb entre les pesanteurs locales et les exigences de la mondialisation »

R. Gouia « Solidarités sociales et choix économiques : le cas de la Tunisie »

Débat

Axe 2

Activités de proximité : expériences et perspectives

L. Jennane « Les espaces traditionnels de solidarité au Maroc : complémentarités et régulations »

F.Z. Akalay, Abdelghani Abouhani « La démarche participative : le cas de Taliouine »

Malika HATTAB « Économie solidaire et développement local, quelles rencontres ? »

 A. Fejjal « L’artisanat urbain entre la survie et la modernisation »

Débat

Axe 3

Les acteurs de l’économie solidaire : enjeux et implications

A. Amahane « Les associations villageoises de développement »

F. Zahid « Femmes rurales et développement alternatif au Maroc »

A. Chaker « Développement local et participation communautaire »

Débat

L.Rhioui « Le rôle des ONG dans le développement économique et social

I. Zeidguy « Le micro-crédit en faveur de la femme rurale : quels accompagnements ? »

M. Abouch « le financement du développement rural »

Débat

Clôture des travaux

 

 

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