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Ethique du mal et démocratie au Maroc

14 janvier 2004

Conférence donnée par
Rédouane Taouil

Le conférencier estime que la pensée machiavélienne du mal comme principe fondateur des passions et des actions humaines pourrait être mobilisée pour rendre compte des conflits des passions et pour analyser la société, prise comme un tissu de relations comparatives sous le régime de l'imitation concurrentielle.

Sujets de passions, les individus se meuvent dans une dynamique de conflits génératrice du mal commun. L'Etat ne peut pacifier les égoïsmes. Sa fonction tient à la régulation des différends en assurant, par la loi, le maintien du lien social.

L’analyse du fait démocratique au Maroc souligne la prégnance de l’éthique du mal. Le privilège accordé par la société politique à la forme arithmétique de la démocratie ramène le droit de participation des individus à la capacité d'élire des représentants et fait des élections un marché de pouvoirs. Les acteurs politiques de ce marché cherchent à satisfaire au mieux leur désir de pouvoir, rarement pour servir le bien commun. Faute de respect des règles d'impartialité, la société se prive de modalités d'action sur elle-même.

L’insuffisance de l’exigence démocratique explique la montée de l’éthique du mal. Cette insuffisance est patente dans l'absence d'un projet de développement intégrateur en mesure d'assurer une distribution appropriée des droits et des devoirs et d'associer libertés de base et équité. La liberté d’expression est largement mise à profit dans la mise en scène du politique sous la forme du fait divers, la conversion des émotions en opinions ayant prétention au statut d’idées. L'imposition de dogmes l'emporte sur la force de l'argument et les questions essentielles de politiques publiques ne sont pas l'objet de délibération collective. Les thèmes de développements et d'équité sociale, sont refoulés alors que les conditions sociales sollicitent leur mobilisation pour donner aux libertés toute leur valeur.

La tragédie de la nuit 16 mai participe de l'éthique du mal. Elle met au jour l'accentuation de la disposition au mal selon un mécanisme sacrificiel.

La nuit du 16 mai délivre des messages :

  • L'identité des auteurs des attentats porte le double stigmate de l'exclusion de la dynamique de l'appropriation et de l'ambivalence jalouse à l'égard du monde des marchandises.  
  • Les comportements trangressifs peuvent revêtir la forme d'un rituel sacrificiel où la victime est humaine et non un symbole animal ou végétal. 
  • Le mal se loge au cœur même de la société. Il n'est pas l'expression d'une faille ou d'un défaut d'organisation sociale. Il innerve les relations sociales engendrant par là des effets en chaîne qui compromettent l'équilibre à long terme.  
  • Non seulement la loi ne parvient pas à endiguer le mal, mais sa puissance normative ne s'exerce pas sous l'effet du mal. La corruption prive le droit de toute efficacité.  

« On ne peut attendre d'une société qu'elle soit plus démocratique que ses habitants », écrit K. Popper. Cette remarque implique, dans le cas du Maroc, que l'exigence démocratique appelle la lutte contre la corruption de la vie : l'Etat comme les sociétaires doivent concourir à garantir la primauté du droit et de l'équité.

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