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Programme scientifique pour l'année 2001-2002

 Atelier 1 :

 14-15 fevrier 2002

Le développement local et l'économie solidaire à l'épreuve de la mondialisation

Coordination scientifique : Driss Khrouz

Argumentaire

La mondialisation des échanges, sous l’emprise de la spéculation financière internationale, nous incite à un nouvel examen des questions économiques en général et celles du développement en particulier.

Les modalités d’action et de réaction des acteurs se sont totalement transformées. La mondialisation de la marchandise véhicule une nouvelle conception de la culture et de l’être ; l’avoir tend de plus en plus à prédominer. De support matériel et de cadre d’organisation sociale du travail humain, le marché est de plus en plus présenté comme une finalité, comme un ultime objectif. Veut-on en faire une valeur ?

L’histoire de l’humanité enseigne que les grandeurs politiques et économiques ne valent que par les valeurs humaines et culturelles qui les supportent. L’économique n’a de sens que par rapport à une éthique sociale et à ses fondements spirituels et philosophiques.

C’est làl’une des raisons majeures qui expliquent l’exacerbation des questionnements religieux, éthiques et culturels depuis trois décennies. C’est ce qui permet aussi de comprendre le poids des intégrations économiques régionales.

La mondialisation financière et technologique est l’expression économique du libéralisme politique. Elle est un pouvoir. Des contre-pouvoirs sont naturellement engendrés. Il ne s’agit pas de génération spontanée mais d’articulation entre phénomènes globaux.

La nature et l’action de l’Etat sont en cause. La conception et l’organisation de l’entreprise, du travail et du syndicalisme sont fortement interpellées. Le politique en tant qu’expression civique de la chose publique est ébranlé. Face à ces questions nouvelles, les anciennes réponses ne sont plus adaptées. Des réponses mieux appropriées sont nécessaires. Cela suppose au préalable de comprendre la dimension et les implications de cette équation qu’est la mondialisation.

Le développement local et son corollaire l’économie sociale, constituent de plus en plus un des espaces privilégiés de ces questionnements. Il ne s’agit pas de nier la réalité de la mondialisation, de sous-estimer les forces qui la portent. Il s’agit de trouver des contre-pouvoirs à son hégémonie et de mettre en place des structures, des acteurs et des comportements pour qu’elle prenne en considération la complexité des réalités, le pluralisme des sociétés et le respect de la différence comme valeur et vertu humaines. Cette approche alternative permet de donner au développement local et à l’économie solidaire non des statuts de réaction sociale et de refus du progrès social, mais de considérer qu’en dernier lieu, c’est la personne humaine qui fait de la richesse ce qu’elle peut en faire.

Le développement local et toutes les formes de l’économie sociale ne sont pas des phénomènes nouveaux. La mondialisation ne l’est pas non plus. Ce qui est nouveau c’est la façon dont ils s’expriment sur le terrain et évoluent au fur et à mesure que la finance et les nouvelles technologies de l’information et de la communication transcendent les obstacles traditionnels, et déterminent en toute liberté, leurs choix en fonction de leurs seuls intérêts et projets.

Au Maroc, comme dans tous les pays du monde, l’intérêt de plus en plus grand que la société porte au développement local et à l’économie solidaire n’est pas une simple question de conjoncture ou un effet de mode. Face au « prêt à penser » dominant, l’émergence de nouveaux acteurs est devenue nécessaire. On peut avancer que ce sont les préférences nées des mutations sociales et économiques qui ont rendu cet intérêt indispensable et urgent.

L’une de ces mutations les plus déterminantes est la nécessité pour l’Etat de « lâcher du lest » sous l’emprise de la mondialisation et de la culture des droits de l’homme.

En effet, au Maroc comme dans beaucoup de pays en développement, l’émergence du mouvement associatif est un phénomène récent. Longtemps, l’Etat a combattu toute initiative d’émancipation des populations et de leur responsabilisation, au nom des impératifs sécuritaires. Le développement des acteurs associatifs ouvre des brèches dans le centralisme sécuritaire du pouvoir politique et social ce qui conduit à l’acceptation par l’Etat de déléguer des parties du pouvoir qu’il détient. Il s’agit de la transition d’une société sous tutelle du pouvoir de l’Etat à une société de partage du pouvoir et de participation des populations à la vie sociale et donc politique de leur pays.

Face à la marginalisation de segments entiers des économies, de la majorité de la population de la planète et à l’effritement brutal de pans entiers des cultures, des langues et des modes de vie plusieurs fois millénaires, la remise en cause de la mondialisation spéculative devient la seule bouée de sauvetage possible.

Le développement local et l’économie solidaire ne sont pas des replis sur soi et des ruptures avec le monde. Ils se sont au contraire totalement métamorphosés sous l’emprise de cette ouverture brutale. C’est ainsi que de nouveaux acteurs sociaux du développement économique sont apparus. C’est ainsi que l’espace social local et régional invente de nouvelles modalités d’expression face aux obstacles qui entravent le bien être des populations.

Ce mouvement n’en est qu’à ses débuts dans la majorité des pays, notamment au Maroc.

Ce processus n’est pas spontané, il est né de la nouvelle conscience que les populations ont de leurs besoins, notamment en comparaison avec d’autres régions, et d’autres pays, sous l’effet des progrès des médias de masse. Il y a là un effet contagieux indéniable. Les progrès de l’hygiène, de la scolarisation et de la médecine y contribuent aussi. Le désengagement brutal de l’Etat au début de la décennie quatre vingt précipité cette tendance. Les organisations internationales et la société civile démocratique des pays du Nord ont largement contribué à vulgariser et implanter le développement local comme nouvelle pratique de la solidarité et de l’économie sociale.

C’est ce besoin des populations de s’organiser et de se prendre en charge qui explique ce recours. Ce sont aussi les mutations des modes de vie et la désarticulation des modes traditionnels de vie et de solidarité comme le douar, la tribu, le village, le derb, la houma qui ont accéléré ce changement. C’est cet espace d’innovation, de recherche, de responsabilisation, mais aussi d’opportunisme et de recyclage des hommes politiques en perte de vitesse et à la recherche de nouveaux créneaux, qu’il s’agit de cerner et d’analyser. Quelles que soient sa portée et ses limites, il est une des meilleures expressions des formes nouvelles d’organisation sociale, de responsabilisation des individus et des prises en charge de nouvelles utilités sociales.

Cela concerne le mouvement associatif dans ses versions développement local, alphabétisation, intégration de la femme dans le développement politique et social. Cela concerne aussi toutes les formes utilitaires d’organisation sous forme de coopératives, d’amicales, de comités de défense et de jemaas.

Trois axes prioritaires peuvent structurer le séminaire :

Axe 1 – Economie solidaire et formes locales de développement

Axe 2 – Activités de proximité : expériences et perspectives

Axe 3 – Les acteurs de l’économie solidaire : enjeux et responsabilités

 

Participants 

Driss Khrouz 

Ait Haddout ; M. Jaouad « l’économie sociale au Maroc : approches méthodologique et acteurs en présence »

M. Kasrielle « L’organisation du champ associatif : mythes et réalités »

A. Ballenghien « Réflexions sur l’économie sociale : atouts et limites »

F. Ammor « Le mouvement associatif au Maghreb entre les pesanteurs locales et les exigences de la mondialisation »

R. Gouia « Solidarités sociales et choix économiques : le cas de la Tunisie »

Activités de proximité : expériences et perspectives

L. Jennane « Les espaces traditionnels de solidarité au Maroc : complémentarités et régulations »

F.Z. Akalay, Abdelghani Abouhani « La démarche participative : le cas de Taliouine »

Malika HATTAB « ةconomie solidaire et développement local, quelles rencontres ? »

 A. Fejjal « L’artisanat urbain entre la survie et la modernisation »

Les acteurs de l’économie solidaire : enjeux et implications

A. Amahane « Les associations villageoises de développement »

F. Zahid « Femmes rurales et développement alternatif au Maroc »

A. Chaker « Développement local et participation communautaire »

L.Rhioui « Le rôle des ONG dans le développement économique et social

I. Zeidguy « Le micro-crédit en faveur de la femme rurale : quels accompagnements ? »

M. Abouch « le financement du développement rural »

Colloque :

4-5 octobre 2001

Journées d’études euro-arabes sur le thème 

 Le lien social

Coordination scientifique du projet :

 -Ali Benmakhlouf, Maître de Conférences à l’Université de Paris X Nanterre, correspondant de la Fondation ;

-Antonia Soulez, Professeur à l’Université de Paris 8 Saint Denis, Directeur de programme au Ciph.

Le projet de cette journée s’inscrit dans le cadre de la convention entre le Collège international de philosophie (Ciph) et la Fondation du Roi Abdul Aziz pour les études islamiques et les sciences humaines, qui lie ces deux institutions depuis 1993.

 

Argumentaire

 Cette journée d’études est le second volet de celle qui a eu lieu à Paris le 6 et 7 novembre 2000 sur « la participation politique ». Il était alors apparu à travers des communications sur le « tumulte » chez Machiavel (Maris Gaille), ou sur le multiculturalisme (Catherine Audard) que la question du lien social était complémentaire de celle de la participation politique.

Dans les pays arabes et plus particulièrement au Maroc, la question du lien social s’articule à celle de la place de la religion dans la société. Comment le credo religieux se propage-t-il en lien social ? Quelle est la dynamique de la foi dans les réalisations d’ordre public ?

Si nous confrontons ces questions à celles qui supposent un contexte européen, nous voyons se profiler des problématiques renouvelées du Spinoza du Traité théologique-politique, ou de façon plus contemporaine, des problématiques qui cherchent à saisir ce qui unit les gens dans la sphère publique et qui ne serait pas tributaire du modèle véhiculé par Athènes, Rome ou Jérusalem. Une analyse comparée des trois grandes figures de la philosophie politique contemporaine du XXe siècle (H. Arendt, H. Jonas, L. Strauss) sera menée.

Si l’on se place dans le cadre spinoziste (M.P-F. Moreau), il apparaît qu’en contraste avec les théories classiques du droit naturel, d'où seront issues les modernes théories des droits de l'homme, Spinoza développe une thèse du droit comme puissance. Le lien social se fonde alors sur les rapports effectifs des hommes entre eux, et l'ةtat ou la société civile ne peuvent durer que s'ils parviennent à contrebalancer le jeu des passions destructrices de ce lien. Face à ce noyau passionnel anti-politique, le Souverain doit user d'un faisceau de contre-passions, où la crainte ne peut intervenir qu'en dernière instance. Le jeu des intérêts, l'ordre symbolique et les limites imposées par le noyau identitaire marquent les conditions et les bornes de l'exercice du pouvoir.

A partir de ce cadre spinoziste, il conviendra d’interroger en amont et en aval le jeu des intérêts qui à la fois fait et défait le lien social. En amont, sera reprise la question du législateur (Mme S. Courtine, Mme M. Sebti), à la fois sous la forme que lui a donnée Platon dans les Lois, et son commentateur Al Farabi, dans le Résumé des Lois de Platon, les lois apparaissent comme le symptôme d’un dysfonctionnement social et comme le remède à un tel dysfonctionnement. On pourra ainsi prolonger les analyses de Léo Strauss (In Qu’est-ce que la Politique ?)à ce sujet. En aval, les analyses d’Aristote (M. Drach) sur l’argent comme lien social permettront de prendre la mesure de ce qui fait le lien social de manière fonctionnelle, et qui menace en même temps toujours de le défaire sous la forme de la chrématistique.

Se pose ainsi le problème de la propagation du lien social. Selon quel mode (loi, argent, intérêt, etc.) se fait non seulement le ciment social, mais de façon dynamique, la connexion du complexe qu’est la société ; la mimésis sociale suppose une transductivité des règles que quelqu’un comme Tarde a bien analysée, cette transductivité permet d’éviter les présupposés dogmatiques de la question de la finalité sociale, la société étant un tout possible et non un tout réel, un tout dont les moyens sont unifiés de façon toujours problématique et dont l’une des expressions est la présence de contre-pouvoirs (A. Benmakhlouf). Il convient à ce sujet de prendre en charge les analyses relatives à la démocratie délibérative en donnant une consistance à la notion de discussion publique à partir de Rawls et de Habermas (C. Audard). Réfléchir sur cette connexion complexe qu’est la société et sur sa valeur mimétique et délibérative suppose qu’il faille tenir compte de la notion de groupe ou d’association. A . Al Alami, à partir d’une lecture de Ibn Khaldoun, se propose de rendre compte de la notion de ‘assabiyya comme ciment social. Mais le lien social n’est pas que du ressort du groupe, il importe aussi de le saisir en deçà des institutions et en deçà de toute transcendance (F.Roustang). 

Programme 

Jeudi 4 octobre :

 Matin :

9h15 – 9h30 : Abdou Filali-Ansary (Fondation du Roi Abdul Aziz) : Allocution d'ouverture 

 9h30 – 10h : P.F.Moreau (ENS, Lyon) : Spinoza et le lien social 

10h – 10h30 : Raymond Benaim (Casablanca) : L’autorité et Le lien social et l'autorité au regard de Spinoza  

Pause

 11h – 11h30 : A. Benmakhlouf (Université de Paris X, Nanterre) : La propagation du lien social

12h-12h30 : discussion

 Après-midi :

15h-1530 : Fouad Safa (Inspecteur de philosophie) : Quel usage fait al Jâhiz de la raison sociale ?

15h30-16h : H. Touati (EHESS, Paris) : Retour à Léo Strauss – le livre et la question de l’harmonie sociale au Moyen âge musulman

Pause

16h30-17 : Ahmed Al-Alami (Faculté des lettres, Kenitra) : Le lien social et ses dimensions politiques chez Ibn Khaldoun

17h-18 : discussion

 

Vendredi 5 octobre :

 Matin :

9h30-10h : M. Drach (Collège internationale de philosophie, Paris) : Mesure pour mesure

10h-10h30 : M. Sebti (EPHE, Paris) : Al Farabi, habiter la cité.

10h30 – 11h : M. Alozade (Centre Averroès de Fès) Al-tawahhud fî al madina fî falsafati Ibn Bajja (l’unification dans la cité dans la philosophie d’Avempace).

Pause

11h30 – 12h : S. Courtine-Denamy (Paris) : Pour une nouvelle science du politique : le souci du monde (H. Arendt, H. Jonas, L. Strauss, E. Voegelin). 

12h-12h30 : discussion

 Après-midi

14h30-15h : François Roustang (Psychanalyste, Paris) : Le lien social sans transcendance, ni institution

15h-1530 : M. Laarissa (Marrakech) : La gouvernementalité et le lien social, réflexions à partir de Michel Foucault

Pause

16h – 17h : Didier Deleule (Paris X, Nanterre) : Rapport de synthèse

   

Synopsis général

Si nous confrontons les questions de l’efficace religieuse dans les sociétés arabo-musulmanes à celles qui supposent un contexte européen, nous voyons se profiler des problématiques renouvelées du Spinoza du Traité théologique-politique, ou de façon plus contemporaine, des problématiques qui cherchent à saisir ce qui unit les gens dans la sphère publique et qui ne serait pas tributaire du modèle véhiculé par Athènes, Rome ou Jérusalem. Une analyse comparée des trois grandes figures de la philosophie politique contemporaine du XXe siècle (H. Arendt, H. Jonas, L. Strauss) sera menée.

A partir d’un cadre spinoziste, il conviendra d’interroger en amont et en aval le jeu des intérêts qui à la fois fait et défait le lien social. En amont, sera reprise la question du législateur (Mme S.Courtine, Mme M.Sebti), à la fois sous la forme que lui a donnée Platon dans les Lois, et son commentateur Al Farabi, dans le Résumé des Lois de Platon. En aval, les analyses d’Aristote (M.Drach) sur l’argent comme lien social permettront de prendre la mesure de ce qui fait le lien social de manière fonctionnelle, et qui menace en même temps toujours de le défaire sous la forme de la chrématistique.

Se pose ainsi le problème de la propagation du lien social. Selon quel mode (loi, argent, intérêt, etc.) se fait non seulement le ciment social, mais de façon dynamique, la connexion du complexe qu’est la société ; la mimésis sociale suppose une transductivité des règles que quelqu’un comme Tarde a bien analysée (A.Benmakhlouf). Réfléchir sur cette connexion complexe et sur sa valeur mimétique prend la forme également du mode d’expression qu’est l’art. La création contribue-t-elle à cimenter le lien social ou le met-elle au contraire en danger ?

 

 

 

 

Colloque

24-26 avril 2002

Sémantique et épistémologie

Coordination scientifique : Hourya Sinaceur

Argumentaire  

 Ce colloque se propose

1- de mettre en lumière les liens de la tradition sémantique en philosophie, dans le premier tiers du XXe siècle, avec la constitution de la méthode sémantique en mathématiques et en logique mathématique;

2-d’étudier plus particulièrement les apports d’Alfred Tarski et de la théorie des modèles telle qu’il l’a élaborée en conjuguant la logique algébrique (Boole, Peirce, Schrِder, Lِwenheim, Skolem), l’analyse logique de Frege, les idées de Hilbert et le formalisme intuitif de Lesniewski.

Participants : 

Etienne Balibar, professeur de philosophie à l’ Université Paris VII

- Françoise Balibar, professeur de physique à l’Université Paris VII

- Jacqueline Boniface, professeur de mathématiques à l’Université de Toulouse

- Jean-Toussaint Desanti, professeur émérite à l’Université Paris I

- Gilles-Gaston Granger, professeur au Collège de France

- Paul Gochet, professeur à l’Université de Bruxelles - Belgique

- Ide Isheguro, professeur à l’Université Keio de Tokyo - Japon

- Herbert Mehrtens, professeur à l’Université de Mayence – Allemagne

- Charles Parsons, professeur à l’Université de Harvard – USA

- Jan Wolenski, professeurà l’Université de Cracovie – Pologne

- Solomon Feferman, professeur à l’Université de Stanford – USA

- Wilfrid Hodges, professeur à Queen Mary Collège à Londres - Grande Bretagne

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